Les Balkans (2e partie)

Pour ne pas changer aux bonnes habitudes nous passons encore une frontière sous la pluie, aujourd’hui celle du Monténégro. On nous a promis un beau pays mais pour l’instant ce n’est qu’humidité et klaxonnes qu’on reçoit en pleine figure ! Au lieu de se forcer à avancer sans envie on décide de s’arrêter sous un abribus et prendre du recul sur la situation. Dans ces moments-là on aime bien observer l’agitation autour de nous. Les gens passent, nous sourient, nous saluent, parfois amorcent la discussion. Des employés municipaux nettoient les rues, une dame coure après son bus, un officier de police joue de son autorité, les voitures klaxonnent … La rue est un vrai spectacle ! Gonflés d’énergie nous reprenons la route. Vu que le temps ne va pas en s’améliorant quand nous voyons la possibilité d’éviter un détour de 45 km en prenant un ferry nous n’hésitons pas une seconde. Ainsi nous passons les bouches du Kotor en cinq minutes.

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En fin de journée nous voyons trois gars en train de boire un café dans un stade de foot. On décide d’aller les voir. Ils ne comprennent pas un mot de ce qu’on leur dit mais nous voyant trempés ils nous proposent de nous réchauffer autour d’un café. Petit à petit des joueurs arrivent, en fait ce soir il y a entraînement de la première division. Par chance certains parlent anglais et pouvons enfin nous expliquer. Ça a l’air compliqué mais un d’eux nous dit de ne pas s’inquiéter et que nous aurons de quoi dormir ce soir. On rencontre tout le monde du jardinier au président en passant par le coach.

Nous sympathisons avec le « concierge » des lieux. Un vrai personnage, il s’appelle Blagojčo, il est Macédonien et ancien des forces spéciales de son pays. Il nous montre ses blessures de guerre datantes de 2001 quand il était face aux Albanais. Ses bras sont couverts de cicatrices d’impact de balles. Aujourd’hui il a l’air d’avoir une vie tranquille et revit ces moments en faisant des photos montages de lui en uniforme aux côtés de Rambo ou en pêchant la grenouille pour son repas.

Enfin au bout d’un moment il nous propose de montrer l’endroit où nous pourrons dormir. On a bien fait d’attendre ! Il nous offre ce qui se rapproche à un carré VIP / salle de conférences. Nous avons tout à disposition.

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Le lendemain, nous prenons le café et repartons sur la route enfin ensoleillée. Nous profitons de la côte encore quelques kilomètres avant de dire au revoir à la mer avant un petit temps. En effet nous la retrouverons la prochaine fois en Turquie.

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Nous devons maintenant nous enfoncer dans les montagnes, sans grande motivation. Mais les encouragements fusent de tous les côtés. Du camionneur, aux ouvriers en bordure de route, en passant par les apiculteurs. Le versant sud de la montagne est en plein cagnard, une fois passés de l’autre côté nous gelons sur place. Impressionnant comment en quelques mètres la température peut changer. C’est ce côté-là qui est intéressant dans notre condition d’itinérants. Chaque jour, chaque heure, chaque seconde nous devons nous adapter aux situations qui se présentent à nous. Une nuit froide suivie d’une journée sous un soleil brûlant ou simplement un nuage pluvieux passant par là.

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En fin de journée deux sentiments complètement différents se succèdent. Alors que nous étions fatigués et que nous cherchions un endroit pour dormir, je vois un monsieur dans son jardin. Je n’ai même pas le temps de finir ma phrase qu’il nous propose un espace pour poser la tente. Marcelo et moi sommes ébahis face à une telle hospitalité spontanée. Nous souhaitons l’aider dans ses tâches mais il nous dit de nous reposer et de monter nos tentes. Une fois bien installés les filles âgées d’une quinzaine d’années viennent nous voir et nous proposent de nous montrer l’alcool qu’ils produisent. Mais il y avait anguille sous roche ! Ils possédaient une cave / magasin pour les touristes. Nous voilà coincés. On nous fait goûter à différents rakijas, liqueurs et vins. On s’est fait avoir comme des bleus. Dès que le père nous a vu il a tout de suite flairé la bonne affaire. Même si on n’en a pas envie nous allons leur prendre quelque chose. On essaye de leur expliquer que nous voyageons avec un petit budget et qu’une bouteille nous en coûte 3 jours… Mais la mère qui surveille la transaction n’a pas l’air de trop nous apprécier et nous dit que le prix est ferme. Nous cédons sur une bouteille de liqueur aux noix… Mais elle nous restera en travers de la gorge puisqu’en plus de ça ils nous n’adresseront plus un seul mot de toute la soirée alors qu’ils feront un barbecue avec les voisins sous notre nez.

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Le lendemain matin avant de partir je trouve un cerisier dans le jardin et fais le plein de fruit rouge. Ça me permet de digérer l’histoire de la veille.

Cet épisode nous a malheureusement donné une image un peu négative du pays, mais nous essayons de nous rappeler les bons moments et partons maintenant direction l’Albanie. Quelques kilomètres avant nous sentons que nous arrivons dans un nouveau pays. Les églises orthodoxes ont laissé place aux mosquées. Les habits sont différents, toutes les femmes, même dans les champs, portent un voile blanc.

Le contraste entre le Monténégro et l’Albanie est impressionnant. On a l’impression de s’être téléporté en dehors de l’Europe. La pauvreté est la première chose qui saute aux yeux. Les maisons en mauvais états n’ayant pas en majorité l’eau courante remplissent des cuves sur leur toit, les ordures font partie du paysage, les paysans conduisent leur charrette dans le trafic urbain. Le casque sur les motos ils ne connaissent pas, etc. La seconde vision est beaucoup plus agréable. Toute la journée on nous adresse des sourires, des « Hello my friend ! », des klaxons d’encouragement…

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En nous dirigeant vers Shkodër, nous apercevons un panneau à l’entrée d’un chemin avec écrit dessus « FERMA EKOSOCIAL ». Je ne sais pas pourquoi mais le lieu relève ma curiosité. Je propose à Marcelo d’y entrer. Nous rencontrons un homme qui ne comprend quasiment pas l’anglais. Il appelle alors son patron et nous le passe au téléphone. Kastriot, au bout du fil, est enchanté de notre présence et nous dit que l’on peut rester le temps qu’on le souhaite. Le temps qu’il arrive, Zamir nous fait le tour de la propriété étendu sur plusieurs hectares. En fin de journée Kastriot et sa femme arrive. Il nous explique alors tout leur projet étant basé sur la réinsertion sociale d’individu en difficulté. La majorité ont des problèmes physiques survenu à la suite d’accident. La ferme n’est réellement toujours pas ouverte et est en construction avant de pouvoir accueillir comme ils rêvent des voyageurs comme nous de passage. Nous disons que nous aimerions bien y passer une journée de plus mais qu’en échange nous souhaiterions les aider sur une tâche.

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Le lendemain comme convenu avant d’aider Zamir à la l’extension de la grange nous partons faire un tour à Shkodër. Le passage de la frontière nous avait marqué mais l’entrée dans la ville est encore plus hors du temps. La vie tourne autour du fleuve, certains disent que c’est un don de Dieu qui permet de faire vivre des milliers de gens. Les pécheurs à la ligne ou carrément des plongeurs exposent leur butin à même le trottoir dans des bassines. D’un autre côté les paysans arrivent en charrette avec leur âne pour vendre leurs produits. L’avantage est que les prix sont super-intéressants et nous pouvons manger des fruits et des légumes pour seulement quelques centimes. Nous nous laissons quand même tenter par les petites échoppes qui proposent des hamburgers pour 50 leke (env. 0,30 €). C’est l’occasion de faire de super rencontres.

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En fin d’après-midi nous retournons à la ferme et rencontrons d’autres bénévoles, mais ceux-là sont beaucoup plus jeunes. Le cadet a 13 ans, il s’appelle Otman et apprend l’anglais grâce à l’association depuis 5 mois et a un niveau d’anglais incroyablement bon, meilleur que la majorité des lycéens à la sortie du Bac… Après quelques bavardages nous mettons enfin la main à la pâte. Piochons, creusons, écorçons mais je suis un peu déçu de voir que le côté « éco » n’est pas forcément respecté. En effet afin d’enlever l’écorce tendre que raffolent les petites bestioles, ils utilisent généreusement du goudron pour brûler partiellement le bois. Finalement nous sommes une bonne petite équipe et finissons rapidement de monter les fondations de l’extension.

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Pour nous remercier ils activent la pompe du puits et nous offrent une douche bien chaude. Ça faisait un petit moment que je n’avais pas profité d’une douche comme ça.

Vu l’aperçu qu’on a de l’Albanie nous sommes excités de reprendre la route et continuer. Nous partons le lendemain direction les montagnes. Toute la journée c’est un festival de sourire et de klaxons. Par contre les routes commencent sérieusement à se dégrader. Bien que le pays montre une image très pauvre, la majorité des voitures sont des vieilles Mercedes. En fait c’est que les routes sont dans un tel piteux état qu’au long terme ça leur coûte moins cher d’avoir une voiture résistante qu’une voiture initialement peu chère. Ce qui nous marque aussi c’est que nous dans l’Europe de l’ouest nous n’avons rien inventé, en effet le covoiturage est monnaie courante, quasi aucune voiture n’est vide.

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Le soir quand on a besoin d’un endroit où poser sa tente il faut faire très attention, en effet il faut choisir le bon endroit parce qu’ils vous disent presque à coup sûr « oui ». Une nuit nous sommes accueillis chez une famille, la première chose qu’elle nous offre est un verre (ou plutôt un vase) de rakija suivi d’un café turc. Nous nous sentons gênés puisque c’est la jeune d’à peine 15 ans qui nous prépare tout. La répartition des tâches a dû se faire ainsi puisque le reste de la famille travaille côté ferme. Cindy, donc cette jeune fille nous prépare pour le soir un repas super bon mais nous nous souviendrons un bon bout de temps de ce pain succulent qu’elle a fait de ses mains. Toute la famille est super-gentille. Le petit Ender d’une énergie folle est super mignon et m’a pris de sympathie.

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L’Albanie est un pays qu’on aurait pu traverser en quelques jours, mais nous n’arrivons pas à en sortir. Les gens sont très aimables avec nous, la nourriture de rue n’est pas chère et les paysages sont magnifiques. Nous profitons alors quelques jours encore des petites routes et des rencontres improbables.

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À la frontière on nous prévient que de l’autre côté en Macédoine toutes les bonnes choses de l’Albanie seront terminées. Pour nous ça n’annonce rien de grave, qui dit perdre quelque chose c’est y gagner autre chose en échange.

Pour traverser la Macédoine trois choix se proposent, le nord par le Kosovo, le sud direction la Grèce ou en plein centre pour rejoindre la Bulgarie. Nous choisissons la dernière qui nous paraît la plus directe. Cependant nous devons, pour accéder à la route principale traverser les montagnes par un itinéraire incertain. En effet au bout d’une vingtaine de kilomètres des éboulements recouvrent certaines portions et d’un coup l’asphalte disparaît et la route se transforme en trois chemins. Lequel prendre ?? Personnes aux alentours. Heureusement au bout d’un moment des voitures passent mais toutes nous découragent d’avance en disant que c’est impossible de passer la montagne avec nos vélos chargés. Mais d’après eux il n’y a pas plus de 10 km d’off-road. On préfère tenter le coup plutôt de faire un détour de 100 bornes. Certaines parties sont roulables alors que d’autres sont extrêmement pentues et rocailleuses. Le pire c’est quand le chemin se divise en deux et qu’il n’y a aucun moyen de faire la différence sur laquelle suivre. La seule solution est de se délester de quelques sacoches et redescendre à la rencontre de bucherons croisés par chance il y a quelques kilomètres.

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Mais quand fini cette route !! 15 km plus loin et plusieurs heures d’ascension et on voit toujours pas le bout. La descente n’est même pas agréable puisque l’on est constamment crispé sur les freins. Après presque 30 km, au lieu d’une dizaine annoncée on voit enfin le bitume réapparaître…

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Nous arrivons finalement dans une vallée avec par chance le vent dans le dos nous donnant des ailes et permettant de bien finir la journée. Mais un coup de barre s’abat sur moi et je n’ai plus aucune envie. Je dis à Marcelo que ce soir c’est son tour de chercher un endroit ou passer la nuit, que ce soit sous un arbre ou sous un toit ça m’est complètement égal. Arrivés à Makedonski Brod Marcelo repère un terrain de foot, un match d’équipes féminines se joue. De fil en aiguille on arrive à parler aux bonnes personnes et nous rencontrons Ivica qui s’occupe du stade et Jovica coach et président du club. Ils nous proposent de nous installer dans les vestiaires, prendre une douche, se reposer un petit peu et à 21h00 ils viendront nous chercher pour prendre un café. Nous avons deux heures devant nous, largement le temps pour se laver et manger un bout. Affamés nous nous préparons un gros plat de riz accompagné de saucisses. Alors que nous sommes bien calés, nos deux compères viennent nous chercher. Le café s’est en fait transformé en bière locale (la Zlaten Dab) puis en restaurant. Alors que j’ai déjà le ventre bien rempli, Martin le serveur arrive accompagné d’une salade de tomates, concombres et fromages, suivi d’un plat local composé de différentes viandes servies avec un gros plat de frites. Pour faire passer le tout nous buvons encore une fois le fameux rakija. Après ça nous nous dirigeons au bar  » Ш  » où se trouvent tous leurs amis. (Excusez-moi pour l’expression que je vais utiliser mais elle illustre parfaitement la situation…) Alors que j’ai déjà les dents du fond qui baignent je me force pour la première fois de ma vie à boire une bière. Mais s’en est pas fini ! Marjan le gérant du bar nous prend en sympathie et nous offre une tournée. Cette fois-ci je dois jouer de mes talents pour dissimuler la bière dans mon manteau. Marjan nous dit que si nous souhaitons rester 1, 2, 3 jours ou même une semaine, de ne pas nous soucier et que nous avons tous les jours un toit, de la nourriture et bien entendu de la bière. Ces trois arguments sont indiscutables, nous n’avons pas le choix nous devons rester !

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Le lendemain matin Jovica et Ivica viennent nous chercher pour manger un « burek » sorte de pâtisserie salée accompagnée ou non de fromage. Le cuisiner me propose même une démonstration de la préparation. Après ce bon petit déjeuner Simon rencontré au bar hier vient nous chercher en voiture pour nous emmener à la cave de Peshna. Une grotte naturelle de plus de 55 mètres de haut. Puis nous revenons au QG, le bar d’hier… Un ice-coffee et Marjan nous propose ensuite d’aller chez ses parents pour partager un barbecue. Tous les amis y sont conviés et passons un bon moment dégustant de la très bonne viande ainsi que des litres de bière qui déferlent sous nos yeux. Un super moment de partage.

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Pendant deux jours nous suivrons le même rythme entrecoupé de parties de foot, de volley ainsi que de sortie en discothèque locale… Nous nous sentons mal à l’aise puisque nous n’arrivons qu’à payer une bière chacun durant notre séjour à Makedonski Brod.

Au bout de quasi trois jours on s’oblige à quitter nos amis, plus de temps en leur compagnie et nous aurons beaucoup plus de mal à partir. En partant ils nous offrent un drapeau et une écharpe aux couleurs jaune et rouge de leur pays. Deux gars rencontrés la veille au bar décident de nous accompagner jusqu’à la prochaine grande ville à environ 40 km.

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Marcelo et moi sommes toujours sous le choc. Nous ne comprenons toujours pas leur extrême gentillesse et l’accueil si spontané qu’ils nous ont réservé. Nous n’aurons manqué de rien, ni de sourires, ni de rencontres, ni de bières …

Le soir même nous ferons une rencontre un peu déroutante. Un gars en camionnette surexcité en nous voyant nous dit d’aller voir un de ses amis à deux pas d’ici, qu’il est super-sympa et qu’on pourra y passer la nuit. Nous le suivons, il nous présente son ami. Au premier abord il a l’air bien sympathique, la soixantaine, un morceau de Bob Marley résonne depuis son salon, des signes Peace & Love peint sur sa maison annoncent bien les choses. Mais il put l’alcool. En rentrant chez lui deux messieurs sont complètement déchirés et les yeux injectés de sang. Nous ne sommes pas sûr qu’ils tournent seulement à l’alcool. Nous acceptons quand même un café mais celui-ci est accompagné d’un shot de rakija suivi de son petit frère. Nous refusons le troisième et disons que nous allons continuer notre route. Nous reprenons nos vélos enivrer de l’alcool avalé.

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Les jours suivants prenons la direction de la Bulgarie, empruntons même l’autoroute, avec la bénédiction de la police, qui offre une bande d’arrêt d’urgence bien large et agréable. De longs tunnels non éclairés se succèdent mais par chance les routes sont majoritairement descendantes et avançons rapidement jusqu’à la frontière.

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La Bulgarie arrive… dernier pays européen avant de faire un premier pas vers l’Asie occidentale…

PS: Merci encore aux personnes qui me font des dons ponctuels ou réguliers. C’est un vrai coup de pouce qui me permet parfois d’avancer dans les moments difficiles !

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