Tanzanie

Le 13 décembre 2015 je passe en compagnie de Jordi (Lost in the World) la frontière Tanzanienne au pied du Kilimandjaro.

D’Europe, nous avons des clichés sur le reste du monde et surtout sur l’Afrique. On s’imagine que ce continent n’est qu’un grand désert aride et plat habité par des tribus au mode de vie ancestral. On pense aussi que les passages de frontière sont de vrais bordels. Alors que non pas du tout ! En quelques minutes nous passons du Kenya à la Tanzanie et dérouté est Jordi de voir la pluie presque depuis son départ. Autour de nous tout est vert et vallonné.

Tanzanie

Pour mon ami, la reprise de l’itinérance à vélo n’est pas facile. Il m’avoue même très vite qu’il réfléchit déjà à retourner en France. L’aéroport de Dar Es Salaam se trouve à moins d’une semaine de route d’ici. J’essaye de ne pas me casser la tête avec ça et tente de positiver afin qu’il profite quand même un maximum.

Les paysages autour de nous rappellent à Jordi la côte brésilienne, très verte et très humide mais sans océan. La route n’est pas plate, bien au contraire, les montées sont parfois interminables. Malgré tout, même si ce n’est pas ma partie préférée du voyage, j’apprécie d’être là.

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Le soir en cherchant un endroit où dormir, une dame nous envoie vers la maison du chef du village. Nous nous arrêtons une maison trop tôt, mais par chance le propriétaire est très charmant et nous invite à passer la nuit chez lui. Peter nous propose de monter nos tentes au sec dans le garage, puis change d’avis et nous offre complètement une chambre avec un lit. Sa générosité ne s’arrête pas là, il demande à son fils de grimper aux arbres pour nous cueillir des mangues et des papayes. Puis il nous apporte de l’eau pour la douche et la lessive. Le soir, alors que nous nous préparons déjà à manger, il frappe à la porte et nous sert un grand plat de riz. Impossible de refuser.

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En partant le lendemain matin je suis content d’avoir pu partager ce moment avec Jordi. J’espère que ça lui aura remonté le moral. Malheureusement, ces bons moments sont vite oubliés avec les interpellations qui n’ont pas cessé depuis la frontière. Notre couleur de peau n’a pas changé (quoiqu’un peu plus rouge) et on nous le fait savoir. Dans presque tous les villages traversés, les jeunes ou plus âgés crient « Mzungu » (homme blanc), suivi quelques fois par des « Give me money ». À vrai dire, depuis l’Éthiopie je commence à m’habituer. Ce qui m’énerve c’est de voir que ça affecte tant que ça Jordi et à chaque fois qu’on nous interpelle je suis encore plus énervé que lui. Je ne voudrais pas qu’il retienne seulement ça de son aventure africaine.

Plus on s’éloigne du Kilimandjaro, plus on descend et plus il fait chaud. Le soleil tape et nos T-shirts sont trempés de sueur.

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Le midi je fais découvrir mes habitudes à Jordi. En général j’essaye de trouver une petite cabane où une Mama cuisine pour quelques shillings du riz accompagné de légumes ou de viande. On essaye tout de même d’éviter au maximum la viande. Ici c’est en général de la chèvre qui ressemble à du caoutchouc une fois entre les dents. Et puis de toute façon les mouches qui recouvrent les morceaux de chèvres découpées et accrochées à l’entrée ne donnent pas très envie…

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En cette saison, quand ce n’est pas le soleil qui nous brûle, ce sont de gros nuages noirs qui nous mouillent. Ce jour-là, avant que la tempête arrive, nous trouvons refuge à l’école maternelle d’un village. Nous sommes chanceux d’y trouver un tas de matelas en mousse dédié à la sieste des petits. Cette nuit, ça sera lit King size pour chacun !

Les intempéries de la nuit n’ont pas cessé le matin. Nous en voyons les conséquences plus loin. Une partie de la route a été complètement inondé et pas seulement ! C’est un véritable torrent qui a emporté un motard, plus loin une voiture est complètement renversée, et par là un bus sur le point de faire la même chose. Au début l’eau ne dépasse même pas les chevilles, mais plus on s’avance plus elle monte. Un peu têtes brûlées, nous décidons de tenter notre chance. La route est neuve, il n’y a pas l’air d’avoir de nids de poule, ce qui serait un désastre ! L’eau vient des montagnes à gauche et s’en va vers les champs à droite. Le challenge est de ne pas se faire emporter par le courant et de pousser vers la gauche. À pied avec le vélo ça serait trop risqué, pas le choix il faut pédaler. Nous nous lançons et sans grande difficulté nous atteignons l’autre côté. Au bout les gens nous applaudissent, un peu déçus quand même qu’on n’ait pas alimenté le spectacle en tombant.

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La cause de ce torrent dévastateur n’est d’autre que la faute de l’homme lui-même. Autour de nous ce sont des champs de sisal à perte de vue. Les fibres extraites des feuilles de ce palmier permettent de confectionner cordes et tapis. Par contre cette surexploitation appauvrit le sol et l’eau n’a plus le temps d’être absorbée. Conséquence, comme on le voit même en France, il y a de plus en plus d’inondations.

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Malgré ces événements nous faisons une belle journée. Au bout de 120 kilomètres nous trouvons un abri pour la nuit dans un ancien motel.

Au petit matin nous reprenons la route au sec avant qu’il fasse trop chaud. Jordi ne va toujours pas mieux. Je le vois affronter des combats intérieurs. Pour lui ça semble clair, il reprendra l’avion une fois à Dar Es Salaam. L’énergie de la troupe n’est pas au mieux, je me dis alors que ce sera meilleur ainsi.

Une fois n’est pas coutume, le soleil brûlant laisse place à des nuages sombres et menaçants. Heureusement cette fois-ci ils arrivent en fin de journée, mais nous n’échappons pas à la pluie torrentielle. En quelques minutes nous sommes complètement trempés. Nous décidons de faire demi-tour où nous avions cru voir une guest-house. En fait c’est une maison privée. On pose alors les vélos sous un arbre qui nous protège un temps avant que la pluie ne traverse finalement. On décide quand même de rentrer dans la maison à travers les buissons et rencontrons le jardinier/sécurité qui appelle pour nous la maîtresse de maison. Une réelle Mama africaine en sort. Elle s’appelle Zoya et travaille pour le Ministère de l’Intérieur, ce qui nous laisse droit à un contrôle prolongé de nos passeports ! Au final elle nous offre une petite chambre pour passer la nuit. Elle nous offre même le repas. Elle est très gentille mais par la même occasion très irritable. En effet elle a contracté la malaria (paludisme) et l’irritabilité fait partie des symptômes du traitement…

Il nous faudra encore deux jours pour arriver à Dar Es Salaam. De vraies montagnes russes ! La route est épuisante, composée de montées, descentes, montées… Aucun repos, aussitôt arrivés au sommet d’une bosse, nous l’a descendons en un éclair et devons faire front à une nouvelle ascension. Le rythme est dur à prendre et nos cuisses brûlent !

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Le 18 décembre nous arrivons à destination. Dans quatre jours Jordi prendra un avion pour la France. Avant de partir il tient quand même à m’offrir quelques nuits en guest-house. Nous avons qu’une seule adresse, celle où mes parents ont réservé d’ici quelques jours. Là-bas ils ont une chambre pour les backpackers à prix réduit. L’ambiance est sympa et ça me permet de prendre la température avant que ma famille arrive.

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Voilà une courte vidéo de Jordi qui résume notre aventure commune de 10 jours entre Nairobi et Dar Es Salaam :

Après que Jordi soit parti, Taha, membre de Couchsurfing m’accueille dans la maison qu’il partage en colocation. Taha est d’origine Libyenne et Turque. Après avoir combattu en première ligne face à l’armée de Kadhafi il y a quelques années, il a eu l’opportunité de partir loin de son pays en conflit grâce à une agence qui lui a proposé du travail en Tanzanie. Son histoire fait froid dans le dos et on n’imagine pas en le voyant les horreurs qu’il a pu vivre… Cependant Taha n’a pas perdu son grand cœur et sa générosité. Je peux rester en sa compagnie le temps que mes parents arrivent, c’est-à-dire d’ici une semaine. Il vit avec sa copine Tanzanienne et quatre colocataires féminins. Oui ça en fait des filles dans cette maison ! Mais l’ambiance est géniale, on rigole bien, on mange bien et je découvre la ville non pas comme un touriste mais comme un local.
Je passe un Noël discret avec eux et mes parents arrivent enfin le 29 décembre, 9 mois après mon départ.

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Au programme, nouvel an, cuisine locale, baignade, hôpital, Zanzibar… Mais je vous laisse découvrir ou redécouvrir le récit de mon père qui a décrit notre aventure à travers sa plume !

Cliquez ici pour l’article et pour plein de photos.

Eh oui, après à peine deux semaines il nous a fallu à nouveau dire au revoir… On se revoit l’été prochain ? Noël prochain ? Sur un nouveau continent ? L’avenir nous le dira ! En tout cas j’ai adoré partager mon mode de vie avec mes parents et nous avons passé de super vacances ensemble.

Moins d’un mois après mon arrivée à Dar Es Salaam, une ville que j’ai vraiment appréciée, je n’ai qu’une chose à faire, reprendre la route ! J’entame cette fois-ci la deuxième moitié de mon périple africain que ce soit géographiquement ou mentalement. Je ne le sais pas encore mais cette pause et le fait de revoir mes parents à changer quelque chose en moi et ma façon de voir ma vie en itinérance. Je vous rassure, rien que du positif !

Certes je me remets en selle, mais pas tout seul. Non, à Dar Es Salaam je n’étais pas l’unique voyageur à vélo. Je rencontre là-bas Gurkan Genç qui a entamé lui aussi un tour du monde à vélo, lui c’était il y a environ quatre ans. Quand j’ai traversé la Turquie, son pays d’origine, je n’ai pas arrêté d’entendre parler de lui. En effet là-bas c’est une réelle super star. Plus de 80 000 « J’aime » sur Facebook et beaucoup le suivent sur différents réseaux sociaux.
Par le fruit du hasard, Gurkan était un vieil ami de mon hôte Taha. Par mon intermédiaire ils se rencontrent à nouveau et se remémorent de bons souvenirs.

Le 13 janvier 2016 nous reprenons donc la route. L’idée est de partir ensemble vers le Malawi. Muni de son GPS, je décide de suivre les roues de mon nouveau compagnon de route. Je reste perplexe sur la direction que nous prenons mais me dis que mon sens de l’orientation ne fait pas le poids face à un GPS dernier cri… Erreur ! Au bout de 25 kilomètres nous nous rendons compte que nous sommes sur une route qui nous ne mènera nulle part. Têtus nous voyons des chemins de traverse dans de petites montagnes et ne voulons pour rien au monde faire demi-tour ! Au revoir bitume, bonjour poussière et sable. Nous voilà pour 30 kilomètres à travers pistes et chemins. Par contre nous nous retrouvons vite face à un éboulement impossible de franchir à vélo. Des fermiers interloqués nous montrent le chemin à suivre, mais la montée est rude. Après presque un mois sans grand exercice et quelques kilos en plus (première fois de ma vie que la balance affiche les 80 kg), la reprise est difficile. Alors que je passe en tête, je vois mon compère derrière complètement stoppé. Son vélo est un peu plus lourd et il se fait aider par des enfants. Je refuse leur aide sachant qu’ils ne nous lâcheront pas avant d’avoir reçu quelques pièces. Au final ils poussent complètement son vélo alors qu’il marche derrière. De retour sur le plat, Gurkan leur donne de l’argent. Je n’aime pas l’échange monétaire et préfère leur offrir une chemise que je n’utilise plus pour les remercier de nous avoir guidé à travers les chemins sinueux.

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En fin de journée nous rencontrons Mwassy, une femme très souriante qui nous permet dans un premier temps à mettre nos tentes dans son jardin, puis au final nous laisse dormir dans son salon à la fraîcheur des ventilateurs.

Pendant deux jours nous jonglons entre la route principale très dangereuse et des portions de pistes suivant les lignes à haute tension.

Chaque jour je me rends compte de plus en plus que Gurkan et moi avons une manière de voyager et de voir les choses bien différentes. Peut-être est-ce la différence d’âge ? Il a 26 ans de plus que moi et aime voyager plus confortablement, même s’il sait vivre simplement. Nous n’avons pas la même philosophie de voyage, si vous ne l’avez toujours pas constaté, la suite du récit vous le fera sûrement comprendre. Il faut admettre que nous n’avons pas le même budget. Rien que ses dépenses de l’an passé correspondent à mon budget pour ma totalité de voyage (environ 3-5 ans). Alors pour moi quand j’ai le choix entre ma tente et une nuit dans un lit à 15 $, je n’hésite pas une seconde et cherche l’endroit parfait pour camper. Ce choix s’était mis face à nous à Morogoro, Gurkan voulait s’y reposer pour la nuit, moi non, mais il insiste et veut m’offrir la nuit. Il fera la même chose pour certains repas en bord de route. En fait sa popularité dans son pays lui permet de vivre de son voyage. Il le dit lui-même, son site internet est son gagne-pain. Par la même occasion son matériel, vélo, tente, réchaud, vêtements… et même ses assurances sont sponsorisés. Il reçoit des dons de personnes privées, d’entreprises et même d’une université.
Ces financements lui permettent non seulement de voyager sereinement, mais aussi d’encourager des projets dans son pays en soutenant des jeunes sportifs grâce à des bourses d’études.
Derrière tout ça se trouve une équipe d’une dizaine de personnes qui l’aident à réaliser ses projets et son voyage.

Sur les routes il est parfois difficile de trouver un endroit où manger le midi. Heureusement en cette saison on trouve partout de la noix de coco et des pastèques. À cette heure-là on prend généralement notre temps pour éviter les grosses chaleurs des débuts d’après-midi.

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On arrive bientôt à l’entrée du Parc National de Mikumi. Sur les 50 kilomètres de route qui le traverse, vivent de nombreux animaux. Ce n’est pas sans crainte que nous rentrons dans le royaume des lions ! Nous verrons sur notre chemin des impalas, girafes, phacochères, éléphants, buffles, zèbres, babouins… et même une lionne d’après Gurkan. Moi je ne l’ai pas vu…

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À la sortie du parc, après avoir réparé une crevaison, nous sortons de la route principale et nous nous engageons sur une piste qui nous mènera d’ici peu sur la route la plus difficile du voyage, mais ça nous ne le savons pas encore.

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Depuis mon entrée en Tanzanie je me rends compte qu’il est toujours compliqué de dormir chez quelqu’un, dans une église ou même une école sans se faire contrôler ses papiers. Une fois de plus ce soir-là le Père d’une église nous demande nos passeports et de se faire connaître par les services de police avant de pouvoir y dormir. Même des personnes privées nous disent que nous devons d’abord aller au poste de police avant de pouvoir se faire inviter. Au « commissariat » ils ont l’air de s’en foutre complètement de nous. La nuit approche, les nuages sombres arrivent des montagnes et il est trop tard pour sortir du village. Au final nous pouvons planter nos tentes entre les maisons des officiers.
A 23h30 un orage éclate, très vite l’eau monte. Sous la tente c’est une vraie rivière. Le niveau monte vraiment trop rapidement et tout est inondé autour de nous. Tant que l’eau n’arrive pas au niveau des fermetures de nos portes zippées, nous sommes au sec, mais la pluie ne s’arrête pas… Pour s’entendre il nous faut crier d’une tente à l’autre alors qu’on est séparé d’à peine un mètre.
Je suis un peu dérouté quand j’entends Gurkan parler tout seul. En fait il s’est connecté à son smartphone et fait un direct sur Periscope face à plus de 500 personnes. Qu’est-ce-que « Periscope » ? Grâce à une connexion internet (ici par une antenne-relais) cette application permet de faire une vidéo en direct comme un Skype, sauf que là des centaines ou des milliers de personnes peuvent vous voir. Gurkan est un grand adepte des réseaux sociaux (il détient un diplôme universitaire de communication) et veut être visible sur un maximum d’entre eux.
Au bout de quelques heures le déluge cesse et le niveau d’eau qui était devenu critique pour nos tentes descend au bon moment. Les grenouilles prennent le relais et nous bercent pour le reste de la nuit.

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Un thé et quelques chapatis plus tard nous reprenons la route. Parfois la piste est boueuse et à bonne allure c’est un vrai travail d’équilibriste.
La raison pour laquelle nous nous étions aventurés sur cette piste était entre autres d’aller voir les chutes de Sanje. Quelle mauvaise surprise quand nous apprenons que nous devons payer 30$ pour l’entrée du parc puis payer un guide obligatoire pour les chutes. Vous vous en doutez, nous avons continué notre chemin.

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Alors que cette route est loin de tout, nous croisons un petit groupe d’Italiens à vélo. Ils nous disent qu’ils résident dans la mission catholique qui se trouve juste à côté. Il est un peu tôt pour s’arrêter mais nous décidons de tenter notre chance. Nous rencontrons là-bas le père Ben, qui généreusement, nous offre une chambre et le repas. Je fais découvrir à Gurkan, musulman, les missions catholiques. Nous revoyons le soir les Italiens pour partager le dîner.

Jusqu’à Ifakara nous étions sur une route qui menait au moins quelque part. Nous sortons de ce village par une piste beaucoup moins empruntée menant dans les montagnes, où on l’espère, on trouvera un passage à travers. En effet sur les cartes nous voyons bien cette piste, mais pendant plusieurs kilomètres il n’y a plus rien avant qu’elle reprenne au milieu de nul part. On verra, c’est l’aventure !

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Le soir, alors que nous dormons à l’abri dans une classe d’école, la pluie tombe encore une fois. Un homme qui errait (un peu saoul) dans la nuit, entre dans la même salle pour s’abriter lui aussi. Par la lumière d’un éclair il remarque la tente de Gurkan et prend peur mais reste coincé ici. Moi je suis dans le fond de la classe camouflé dans mon hamac. Gurkan sort et essaye d’expliquer que nous sommes seulement des voyageurs de passage. L’homme semble interloqué quand il me voit suspendu dans mon hamac. Jusqu’à ce que la pluie cesse, il tenait fermement sa machette, moi j’avais aussi dégainé ma hachette.

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Au niveau des moustiques, la Tanzanie en cette saison est insupportable. Dès que la nuit tombe les moustiques sortent. Sur une période aussi longue je ne prends pas de pilules contre la malaria (paludisme). Les effets secondaires sont bien trop dangereux. Ma technique est de porter de longues manches et chaussettes. Parfois j’utilise un peu de spray anti-moustique (pour zone tropicale) que j’utilise avec parcimonie, trop chimique à mon goût… Tellement puissant qu’il efface même les traces de marqueur.
Dans mes sacoches j’ai emporté une tente, un hamac et sa moustiquaire. La tente que j’ai choisie est recouverte d’un tissu plein, parfaite pour le froid, par contre quand il fait chaud c’est un vrai sauna. J’utilise alors mon hamac. Cependant la limite du hamac est que pendant la nuit quand on bouge, les genoux, les pieds ou les mains peuvent partir toucher la moustiquaire et les moustiques n’ont aucun mal à sucer votre sang à travers. Du coup il faut s’habiller et on a quand même chaud. Le réveil est en général moite et collant.

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Nous sommes donc bien dans la saison des pluies, averse le jour, orage la nuit. À Mlimba alors que nous nous abritons sous un arbre, un homme depuis sa maison nous dit de venir. On y rencontrera Jonas et sa magnifique et nombreuse famille. Ils nous offrent pour la nuit une chambre et le repas. Leur générosité est extraordinaire.
Quand il apprend où nous allons il est un peu perplexe. Il n’est pas certain qu’il existe vraiment une route qui continue dans les montagnes. Il en a déjà entendu parler, mais il n’en est pas sûr. Fou, alors qu’on parle de quelque chose à 30 kilomètres d’ici. Il décide alors d’aller voir des amis et de rassembler le maximum d’informations pour nous dessiner une carte à la main qui nous indique le chemin à suivre.

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Ce passage fait 80 km. On compte maximum deux jours pour arriver de l’autre côté (j’ai même lancé le défi de le faire en une journée). Nous étions bien trop optimistes…

Pendant quatre jours nous ferons un maximum de 19 kilomètres quotidien. Oui 19 ! La deuxième journée est même d’un record de 18 kilomètres en 8 heures. Le chemin, vous l’aurez compris, est terrible, quand ce n’est pas la boue qui nous freine, ce sont des murs qu’il faut grimper. Plus de 20 % en côte parfois ! En plus la terre de ces montées est compacte et glissante. Pas le choix, il faut pousser en essayant de ne pas tomber. Quand c’est la boue qui s’y met, le vélo est complètement bloqué. Il faut avec ses doigts ou un bâton, libérer les roues afin qu’elles avancent de quelques mètres avant de recommencer la même opération encore et encore. Une rivière nous permet de faire prendre un bain à nos vélos, mais la bouillasse reviendra très vite. Ajoutons à ça que je casse une de mes sandales et que des problèmes mécaniques apparaissent. Le cadre en aluminium de Gurkan a une fissure qui avait apparu quelques jours plus tôt. Les conditions actuelles l’empire et si on ne fait rien le cadre va lâcher au milieu de nulle part. Une idée me vient à l’esprit. Si on se casse une jambe loin de tout, la solution est de se faire une attelle avec les moyens du bord. Je fouille alors mes sacoches, j’en sors une clé plate (14/15), deux rilsans et improvise une attelle pour vélo. Il fera 1600 km avec avant de récupérer un nouveau cadre. L’aluminium est bien trop délicat à ressouder, c’est bien pour ça que mon cadre est en acier. D’autres soucis mécaniques suivent pour lui ou pour moi, je suis content d’avoir mon expérience de mécano.

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Je note dans mon carnet : « On en chie énormément, physiquement et mentalement […] cette sensation terrible quand on sait que faire demi-tour est aussi pire qu’aller de l’avant. »

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À ça s’ajoute une infection qu’on a choppé tous les deux, moi sur le mollet droit, lui sur le gauche. Sûrement une écorchure ou un bouton de moustique qui s’est infecté. Ce n’est pas gros mais ça prend des tournures peu réjouissantes. On a beau nettoyer et désinfecter, rien n’y fait, chaque jour ça empire. Un soir dans ma tente je me rends compte que mon stock de tissus imbibés d’alcool se réduit à un seul, Gurkan aussi. La prochaine pharmacie se trouve à plusieurs jours. Deux choix s’offrent à moi, soit je laisse comme c’est, soit j’ouvre la plaie et… je vous passe les détails. J’opte pour la seconde option. Tout seul dans ma tente j’organise une vraie salle d’opération, la manœuvre se fera sans anesthésie, comme outil principal une petite pince fera l’affaire. Une fois fini j’utilise la dernière moitié de tissu imbibé (l’autre a désinfecté la pince) et referme avec un joli pansement ! Dire qu’avant le départ, une simple petite coupure au bout du doigt me faisait tourner de l’œil…
Par chance au bout de quelques jours ma plaie cicatrisera, mon compère devra prendre des antibiotiques puisque deux semaines plus tard c’était encore pire.

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Au niveau des stocks de nourriture je n’ai pas du tout géré. Je ne pensais pas rester aussi longtemps coincé sur cette « route ». Le soir c’est du riz au riz, le midi des biscuits. Heureusement sur la route nous croisons des ouvriers, mais que foutent-ils là ?? Ils creusent pour faire des tuyaux d’évacuation d’eau. Surpris de nous voir ils partent chercher des morceaux de kasava frits, ce qui ressemble de très loin à de la pomme de terre. Les paysans dans les montagnes produisent beaucoup d’ananas. Le peu qu’on rencontre nous en offrent. Mes papilles s’en souviennent encore. Tendres et juteux, même le centre se laissait déguster.

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Après quatre jours d’acharnement nous arrivons à Madeke avec à peine 80 km au compteur. Nous pensions que nous allions être sortis d’affaire à partir de ce village. Terrible erreur ! Pas de boue ici, pas de terre glissante mais des cailloux et des montées où l’on peine même à pousser les vélos. Le visa de Gurkan finissant dans quelques jours, il n’y a plus de temps à perdre. Il décide de se poser sous un arbre et d’attendre un camion pour être pris en stop. Affaibli par les derniers jours, se séparer était difficilement envisageable à ce moment même. Je décide alors d’attendre avec lui. Depuis le petit village dernier, il y a plus de passage dû à l’économie des alentours. Au bout de 30 minutes le premier camion sera le bon. On saute dans la benne et on se fait bringuebaler sur 20 kilomètres sur des routes de montagnes sinueuses. Nous sommes heureux d’en sortir indemnes et d’avoir économisé une journée.

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À Lupembe nous engloutissons chacun un gros plat de rice & beans. Après quelques courses dans l’épicerie du coin, nous reprenons notre chemin. Les paysages changent, ici ce sont des plantations de thés qui recouvrent les collines. Les montées sont encore présentes, mais celles-ci sont humainement surmontables.

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Certaines personnes nous lancent des « Ciao » pour nous dire bonjour. Je suppose donc qu’il y a une mission catholique dans le coin puisque la plupart du temps elles sont dirigées par des Italiens. Bingo ! Un kilomètre plus loin nous voyons un clocher. Le Père Deogratias nous accueille à bras ouverts. Nous tombons pile à l’heure pour le goûter composé de thé, de pain et de beurre de cacahuète. Nous profitons pour faite un tour au dispensaire afin d’y changer nos pansements.

Le lendemain matin la Sœur et le Père nous demandent pourquoi nous ne restons pas une ou deux journées. En effet nous n’avons pas pris de pause depuis Dar Es Salaam, il y a de ça 12 jours. Nous sommes tentés mais le visa de Gurkan presse. Alors que nos vélos sont chargés, nous décidons de rester, mais au final ça ne va pas être possible. Comme je vous l’avais dit plus haut, ici en Tanzanie ils sont très pointilleux sur le contrôle des passeports. Les leaders du village ont été mis au courant que nous avions passé la nuit ici sans les informer et nous demandent de partir maintenant. Nous ne voulons pas créer de problèmes et partons.

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La dernière partie du voyage en Tanzanie est accompagnée de beaucoup de « mzungu mzungu » et de mendicité. La zone est plus chère à cause du passage des touristes allant et venant vers la Zambie.

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Au bout de 15 jours nous faisons enfin une pause. Je m’octroie le luxe de dormir deux nuits dans un lodge pour 10$. J’y verrais la plus grosse araignée de ma vie !
Nous décidons avec Gurkan de nous séparer à ce point là. Nos routes vont vers le Malawi mais prennent deux chemins différents. Peut-être nous recroiserons nous à nouveau ?!

7 réflexions sur “Tanzanie

  1. Super récit Gautier ! Pas de tout repos la Tanzanie ^^
    Impatient de t’avoir sur le podcast pour que tu racontes tes aventures de vive voix.
    En attendant, j’ai partagé ton article 😉

  2. hou là là, quelle route, que de pluie, que de boue. Merci pour les photos et le récit très bien écrit comme d’habitude. Bonne continuation vers le Malawi…que je viens de situer sur ma grande mappemonde car je connaissais seulement de nom. Que les dieux de l’aventure soient avec toi ! Kénavo.

    • Salut Anne, merci pour tes messages. En fait ce récit est celui de mes aventures en Tanzanie il y a déjà 9 mois. Je suis passé aux Chutes Victoria il y a déjà un petit moment ! On dit quand saison des pluies les chutes sont à voir du côté Zambien (ce que j’ai fait) et en saison sèche du côté Zimbabwéen. Je vais essayer de publier l’article sur le Malawi au plus vite !

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