Malawi

C’est avec une idée un peu farfelue que j’entre dans un nouveau pays, vous l’aurez deviné avec le titre, je parle du Malawi. Comme d’habitude je vais essayer de vous le faire découvrir avec mon regard de voyageur perché, sur une selle… quoique non cette fois-ci j’ai une nouvelle idée !

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Un des joyaux du pays est son lac appelé Nyassa. Plus que sa couleur turquoise, son eau regorge d’une faune aquatique exceptionnelle. La vie et l’économie du Malawi tournent autour de cette merveille. Je me dis alors que pour en profiter, il serait intéressant d’y voyager à sa hauteur et d’y rencontrer les habitants qui en dépendent.
Je décide dès mon entrée de partir à la recherche d’une pirogue, « bwato » en Chichewa (langue locale). Je me dirige vers les rives où se trouvent de nombreux villages de pêcheurs. J’y rencontre John, pêcheur depuis son enfance, son visage est marqué par la difficulté de son travail. Grâce à lui j’arrive à connaître les prix d’une pirogue. D’occasion on peut en trouver pour 15 000 Mwk (20 $). Par contre ici, aucune n’est à vendre. On se rend alors chez le constructeur ou plutôt chez le tailleur de pirogue. Pour du neuf il me dit que le prix du tronc (qu’on va choisir) est de 25 000 Mwk (35 $), à ça il faut ajouter la main-d’œuvre de 30 000 Mwk (40 $). Le tout délivré en deux jours. J’en doute… Une pirogue se taille dans le bois massif, pas de colle, pas de clou, faite d’une seule et même pièce. Le prix est cher pour ma bourse et de toute façon je n’ai pas envie qu’on coupe un arbre à cause de moi.

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Je continue alors mon chemin. Plus loin je rencontre d’autres pêcheurs, un me dit qu’une des pirogues est à vendre. J’attends une heure et demie le vendeur, mais il ne viendra jamais. Bien entendu entre-temps je me suis fait entourer par de nombreuses personnes. Dont des enfants qui viennent, intrigués, me caresser les poils des jambes et des bras. Faut dire qu’ici ils sont tous imberbes !
Mon pêcheur ne pouvant plus m’aider, je décide de continuer vers la petite ville de Karonga. Un d’eux, ayant flairé la bonne affaire, veut m’accompagner dans mes recherches. Je refuse mais il insiste. Sans vélo, il stoppe une jeune femme pédalant et lui propose de la transporter sur son porte-bagage jusqu’à la prochaine ville.
Majaliwa est très gentil mais un peu chiant quand même… Il en fait des caisses pour paraître sympathique. Je lui fais comprendre qu’il n’aura rien de moi. Cependant il connaît beaucoup de monde ici et me permet d’aller dans des endroits où je n’aurais jamais eu idée de m’y rendre. Sur le chemin je décide de m’arrêter à la mission catholique. À l’écoute de mon projet, le Père Denis m’offre le gîte et le couvert pour la nuit. Il n’est pas très tard et j’y dépose mon vélo pour continuer mes recherches avec Majaliwa.
Petit à petit on commence à mieux se connaître et il devient de plus en plus vrai. Je me rends compte que sa présence est nécessaire. En effet, sans lui j’aurais toujours quelqu’un qui ne me lâcherait pas les baskets. Autant choisir soi-même la personne qui par la même occasion chassera les autres.
Au bord du lac nous discutons avec les pêcheurs, mais les recherches sont infructueuses pour aujourd’hui. Je ne pensais pas que ça allait être aussi compliqué ! Nous nous donnons alors rendez-vous le lendemain pour le retour de la pêche matinale.

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De nouveau aux côtés du Père Denis, je découvre un personnage chaleureux et très rigolo. Avec mes pauvres quatre chapatis du matin dans le ventre et quelques biscuits, les deux bières qu’il m’offre me montent vite à la tête. Heureusement un repas bien consistant est prévu. Ensuite, dodo.

Le décalage horaire (heure d’été française) me fait dormir une heure de plus et ça fait du bien.
En retrouvant Majaliwa à 7h00 je lui propose un deal. Je vais retirer 20 000 Mwk (28 $), puis j’ai besoin de faire quelques emplettes pour 1 000 Mwk. C’est-à-dire qu’il me restera 19 000 Mwk. Commençant à le connaître de plus en plus et avoir rencontré ses enfants la veille (ceux qui me caressaient les poils…), j’ai pu voir sa réelle difficulté de s’en sortir. En plus, son métier de pêcheur le tue à petit feu. Je remarque dans ses yeux que je ne suis plus ce « mzungu » plein de fric. Mon deal est alors le suivant : si grâce à lui je trouve un « bwato » pour 10 000 Mwk, je lui donnerai mes 9 000 Mwk restants, pour 15 000 Mwk il aura 4 000 Mwk, etc. Je lui demande de me faire la promesse que cet argent ira directement pour ses trois garçons et sa femme.
À cause d’une grosse tempête la nuit dernière, les pêcheurs sont partis tard ce matin. Nous arrivons quand même à savoir qu’une pirogue d’une taille qui me correspond est à vendre. Au bout de quelques heures d’attente, vu que les pêcheurs ne reviennent pas, Majaliwa et un autre m’embarque dans une énorme pirogue et pagaient énergétiquement. Nous rencontrons au loin les deux pêcheurs recherchés. Ils ont fait le plein de poissons pour la journée et décident enfin de retourner sur la berge.
En fait, les deux pirogues sont à vendre. Une est très belle, mais à l’essai je tombe direct à l’eau. Bien entendu ça fait rire tous les spectateurs. L’autre, plus usée, est cependant beaucoup plus stable et je me sens beaucoup plus à l’aise dedans.
Le choix est donc vite pris et on négocie le « bwato » et sa pagaie pour 14 000 Mwk (18 $). Un local l’aurait sûrement achetée moins chère, mais ça reste très raisonnable. J’offre alors les 5 000 Mwk à Majaliwa et lui répète que je ne veux pas que ça aille dans de la bière ou autres.
Le lendemain matin je le retrouve avec un grand sourire aux lèvres. En revenant la veille avec un gros sac de farine de maïs (pour le nsima, nourriture traditionnelle) et quelques provisions, il était un vrai héros aux yeux de sa femme et de ses enfants.

À l’église, le Père Denis me propose de rester le temps qui me faudra pour organiser mon expédition. En effet il faut que je prépare le bateau pour accueillir mon vélo et assez d’eau potable et de nourriture pour les prochains jours.
Entre-temps je pars faire du vélo avec le Père. C’est son sport préféré. On fait une fois 14 kilomètres, sa plus longue distance. Il ne pensait pas qu’il en était capable, mais en fait c’était facile. Il a cette sensation que je souhaite à tout le monde, la sensation d’avoir fait tomber les barrières et dépassé ses limites. Vous voyez elles ne sont pas toujours insurmontables !

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Une journée de plus me suffira pour finir les préparatifs. Le matin du départ, Majaliwa est présent. Il tient à être là jusqu’au bout. Quelques planches de bois coupées et clouées au bout du bwato permettent d’y fixer mon vélo. Sur ce genre d’embarcation la répartition du poids est très importante, après deux reprises l’équilibre est bon. Toutes mes affaires sont aussi embarquées et je laisse mon ami faire le premier test. La pirogue avance sans encombres et soudain un éland vagabond s’empare en lui. Il se mord les doigts de ne pas pouvoir m’accompagner, son devoir de père prend le dessus.
C’est sous les regards de plusieurs dizaines de personnes que je pars vers le sud. Où vais-je ? Aucune idée, le but n’est pas la destination mais son cheminement.

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Je me lance enfin. Les curieux se sont regroupés sur le rivage pour me dire au revoir. Ils ont surtout l’air interloqués par ce « mzungu » un peu taré. Malheureusement pour eux je ne tomberais pas à l’eau, même si mes premiers coups de pagaie ne sont pas sereins. Plus j’avance, plus je prends en main ma pirogue. J’ai l’impression de pousser dur, mais à chaque fois que je regarde en arrière je n’ai pas avancé d’un poil. En fait le vent est de face et le poids déjà lourd du bwato, plus mes affaires, n’arrangent pas les choses. Un lac c’est plat, pas de courant, excepté quand le vent souffle. Dès que je m’arrête, je recule… La tranquillité est quand même géniale. Je croise quelques pêcheurs amusés de me voir là.
Parfois je vois de gros nuages noirs au-dessus de l’eau, comme de la fumée. Ne sachant pas ce que c’est, je me dis que c’est sûrement une technique de pêche qui m’est encore inconnue. J’apprendrai par la suite que rien ne brûle, en fait ce sont des essaims de mouches qui se baladent au-dessus de l’eau.

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Pour ma première journée, je fais à peine 15 kilomètres. En entamant la deuxième je me sens moins motivé. Je m’étais dit que de faire 20-25 kilomètres quotidiennement serait parfait. Par contre quand ce n’est pas le soleil qui brûle, ce sont des averses qui arrivent. Au milieu de l’eau il n’y a rien pour se protéger. Descendant vers le sud, les montagnes du Malawi se trouvant à ma droite m’emmènent tous les jours des tempêtes de l’ouest. Des nuages sombres s’approchent et me poussent vers l’est vers la Tanzanie et le Mozambique. Ça beau être un lac mais il y a quand même parfois 80 km entre deux pays. En plein milieu il peut même y avoir des vagues et ça finit parfois tragiquement pour les pêcheurs. À ça il faut ajouter que mes mains au contact de la pagaie sont toujours humides et son bois me ponce les paumes. Poussant toujours du même côté, à cause du vent, une de mes épaules réveille de vieux maux.
La douleur ne passe pas, s’empire même.
Je commence à me dire qu’il va me falloir prendre une décision rapidement. En effet si je continue de longer la côte en pirogue, la carte montre que la route en parallèle va s’éloigner du rivage. Si je dois m’arrêter, mieux vaut le faire au plus tôt pour pouvoir accéder à la route.
Je me laisse la nuit pour y réfléchir.

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Un crachin matinal me réconforte dans ma décision. Les douleurs et la motivation n’allant pas mieux je décide de rejoindre le village de pêcheurs le plus proche. Je vous passe les détails, mais je revends ma pirogue à un prix raisonnable et mange gratuitement un plat de riz aux légumes. Je ne suis pas gagnant dans l’affaire, mais je me dis que je fais marcher l’économie locale !
Mon expédition cha(n)otique s’arrête là… Sans regret. J’ai encore quelques projets de canoë ou de bateau dans ce voyage, mais ils seront soit sur rivière, soit en mer.

Une fois remis en selle, mon corps est envahi par une sensation de liberté. Je ne peux pas expliquer cette connexion que j’ai avec mon vélo, mais je crois que j’ai bien choisi mon moyen de transport pour ce voyage. C’est celui qui me correspond le plus.
À peine une dizaine de kilomètres de pistes, puis je rejoins la route.
Les prochains jours me consolent dans le choix que j’ai pris. Les journées sont toutes pluvieuses, je le vis beaucoup mieux sur mon vélo.

Arrivé à Chitimba, je décide de prendre de la hauteur et de m’aventurer sur une piste pour me rendre à Livingstonia. La première partie me fait presque renoncer. La boue, les cailloux, le sable et ces pentes terribles me rappellent quelques souvenirs tanzaniens. Je ne renonce pas et avance à mon rythme, sans devoir pousser le vélo. Petit à petit, la piste s’améliore et devient plus agréable. J’adore le silence et prendre de la hauteur dans les montagnes pour mieux observer. En contrebas je vois le lac, au-dessus de ma tête des babouins et des écureuils sautent d’un arbre à l’autre. Ça fait du bien de s’éloigner des « mzungu give me money ». Par contre dans les montagnes les gens se font plus timides.

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En seulement quinze kilomètres, je fais une ascension de plus de 1000 mètres. Mes cuisses me le rappellent.
Arrivé au sommet, c’est le village de Livingstonia que je découvre. Je suis étonné d’y trouver, un musée, une université, une église et même un hôpital, tous construits de briques orange. C’est au XIXe siècle que des missionnaires ont découvert ce lieu. Pourquoi ont-ils construit une mission si loin, égarée dans les montagnes ? Et bien tout simplement puisque si haut, les moustiques ne transmettent pas le paludisme.
Je m’arrête au musée pour engloutir un plat de rice&beans avec la tête dans les nuages. Oui, ici nous sommes à 1400 mètres d’altitude, normalement on devrait avoir une vue plongeante sur le lac Malawi, mais ici le panorama est bouché.

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Rassasié, je reprends mon vélo pour aller me perdre dans les montagnes. Je n’échappe pas encore une fois aux chemins sinueux et boueux. Je profite tout de même du silence et de l’immensité des paysages.
Le soir je m’arrête au village de Phoka. C’est sous le toit de l’école primaire que je m’abrite des pluies torrentielles pour la nuit. J’ai même le droit d’avoir les clés d’une classe à moi tout seul.
Dans la journée, un monsieur m’a demandé quelque chose qui m’a laissé perplexe. Au début j’ai cru qu’il voulait me demander de l’argent, mais pas du tout. Son désir était qu’une fois que je rentre en France, je dépose dans une « boîte à vœux » son souhait d’avoir une meilleure vie et de bonnes récoltes. Je vous avoue que je ne savais pas quoi répondre. Je me demande qui c’est qui lui a parlé d’une telle sauterie. En tout cas, à ma connaissance, ça n’existe pas…

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Sur les routes du Malawi on peut voir plusieurs panneaux d’ONG comme « PLAN » qui lutte contre l’exploitation des enfants par leurs parents. Comme en France il n’y a pas longtemps, les enfants aident encore à la ferme. Afin de faire accepter les familles d’envoyer leurs enfants à l’école, les écoliers étudient l’agriculture et leurs horaires sont aménagés afin que la matinée soit consacrée à l’éducation et l’après-midi auprès des parents. On voit même souvent les écoliers en uniforme avec leur sac sur le dos et une binette sur l’épaule.

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Les pluies toujours présentent remplissent les lits de rivières, certaines en deviennent des torrents dévastateurs. Dans le creux des collines je me retrouve parfois à devoir traverser de grosses flaques d’eau. Je m’engage est espérant ne pas tomber trop profond.

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En reprenant finalement la route principale, je dors pour la nuit sous une immense antenne radio. L’ingénieur Matheuse me fait visiter la salle des machines. Des millions de dollars se trouvent dans à peine 100m², alors que le Malawi est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. J’ai le droit à l’explication du fonctionnement des retransmissions de signal de différentes radios. Intéressant mais je ne comprends pas tout !
Fait étonnant, Matheuse et sa famille écoutent depuis 15 ans la radio sans arrêt au bureau, à la maison, dans sa voiture… afin d’être prêt à parer une éventuelle coupure.

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Je commence ma journée du 6 février 2016 avec 14 084 kilomètres au compteur.
En achetant au village d’Ekwendeni des biscuits pour mon petit déjeuner, je suis surpris quand un homme m’interpelle. En fait c’est aussi un voyageur à vélo, un peu différent quand même. Gaven est Sud-Africain et pédale depuis cinq mois du Cap vers le Caire pour la « protection des enfants ». Chose étonnante, son vélo n’est quasiment pas chargé. Une sacoche sur le porte-bagage et un sac sur le dos ! Dedans il me dit qu’il transporte seulement de l’eau, des vêtements et une trousse de toilette. Dans notre jargon on appelle ça un « voyageur carte-bleue ». En effet, sans tente ni réchaud, il doit organiser ses nuits à l’avance dans lodges et hôtels. Son étape du jour compte 125 kilomètres de faux plat puis de paysages vallonnés. Je le sais puisque j’y roulais la veille dans l’autre sens.

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De mon côté j’envisage aussi d’atteindre un petit lodge à Usisya. Pas sûr non plus d’y arriver mais j’ai au moins une tente en plan B. En prévision de mon aventure sur le lac, j’avais retiré assez d’argent pour 2-3 semaines. Ayant arrêté ce projet, je vis alors plus aisément avec un pactole en poche. Mais à vélo, riche ou pas, c’est la même difficulté une fois sur selle. La route que je m’apprête à prendre semble se résumer encore une fois à boue et montagnes.
La première partie est très roulante, mais un orage me coure aux fesses. Je vois la pluie arriver au galop dans mon rétroviseur. À midi c’est le déluge. Je trouve une cabane pour manger du nsima et du poisson grillé.

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La suite n’est pas une mince affaire, les bosses sont de plus en plus ardues et la boue de plus en plus… boueuse ! Parfois mes roues glissent, je tombe, puis je peine à me relever et une fois debout je n’arrive même pas à faire un pas.

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Avec patiente et détermination, j’avance, un tour de roue après l’autre.
Une fois l’ascension finie, la dernière portion descend jusqu’à la baie d’Usisya, passant de 1400 à 400 mètres d’altitude. Je note « Ça descend sévère, sa glisse, mais je m’amuse ! ».

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Arrivé de nouveau au bord du lac, je me dirige où mon ami Olivier m’a conseillé de me rendre. Dany, une Allemande expatriée, a ouvert un lodge au pied de l’eau dans un vrai petit paradis.
J’y reste une journée entière, les pieds en éventail.

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Pour continuer ma route j’ai le choix entre revenir sur mes pas dans les pistes boueuses des montagnes ou d’expérimenter un moyen de transport historique. Sur le lac navigue un bateau nommé Ilala, « liberté » en Chichewa. Il est considéré comme le second plus vieux ferry au monde encore en fonction. Pour y accéder, pas de ponton, c’est une chaloupe qui vient vous chercher sur la plage. Le bateau peut accueillir plus de 450 passagers et est rarement vide puisque c’est un élément essentiel pour l’économie locale. C’est un réel moyen pour désenclaver certaines parties du lac inaccessibles par la route.
Sur ces chaloupes venant nous chercher il faut se faire une place entre les bananes, les poulets et les différents paquetages. Une fois arrivé aux abords du Ilala, la prochaine épreuve est de monté une échelle afin d’accéder au pont inférieur. Un vrai exercice de musculation, d’équilibre et d’attention pour ne pas tomber et se faire chiper ses bagages.

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Bien que mon billet soit de classe économique, je peux me balader partout. Des machines à la première classe.
Au dernier étage se trouvent une grande terrasse et un bar magnifique. Alors que je profite de la belle vue des montagnes se jetant dans l’eau, je rencontre Frank, un Allemand parti dans un voyage caritatif d’Ouganda jusqu’en Afrique du Sud. Il est membre de la communauté Round Table. Ici il est dans une parenthèse. Voyager sur le Ilala était un des ses rêves, après avoir visionné un documentaire il y a quelques années. Il s’est offert la cabine « OWNER » au luxe incomparable du pont inférieur.

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Pour le déjeuner il y a le choix de manger au restaurant du haut en première classe ou à la cuisine du bas plus traditionnelle. Je préfère la deuxième option, plus typique !

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Arrivé à Nkhata Bay, où je m’arrête, Frank à une halte de 6 heures. Nous passons la journée ensemble. Au coucher du soleil, après quelques bières déjà avalées, nous nous posons sur le ponton pour observer les allers-retours incessants des chaloupes pour charger le bateau de marchandise. Un vrai bordel !
Un peu éméchés, nous nous mettons d’accord en nous disant que l’Afrique, on l’aime et on la déteste autant de fois dans une seule et même journée (ceux qui ont déjà exploré ce continent me comprennent sûrement).

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Le lendemain je reprends la route. Au programme je dois passer du lac aux montagnes, soit près de 2000 mètres de dénivelé positif dans la journée. Mais la matinée va être catastrophique en pannes mécaniques. En effet après les pistes boueuses, j’ai dû plonger directement mon vélo dans le lac pour le nettoyer. Par contre ça a asséché plusieurs roulements. Je l’ai remarqué presque trop tard et, passant les détails, j’ai failli tout cassé et être immobilisé. Après quelques frayeurs et de nombreux arrêts, je reprends mon ascension.

Je croise sur les routes sinueuses ces hommes courageux transportant du bois empilé sur le porte-bagage de leur vélo.

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Le soir je me retrouve dans les montagnes à 1800 mètres d’altitude et plante ma tente dans la fraîcheur des forêts de pins.

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En commençant une nouvelle journée, j’ai un objectif se trouvant à 120 km de là. J’ai eu le contact d’une Américaine prête à m’accueillir dans son village. Tout au long du chemin je me fais accompagné par différents cyclistes. Ici pas de voitures mais énormément de vélos. Parfois ils airent sans but et voyant un mzungu sur un vélo chargé de sacoche, ils décident de le suivre. Je suis donc parfois accompagné d’un, deux ou trois bicyclettes. Je les ai nommés « les suiveurs », puisque parfois ils me collent les pneus pendant 30 ou 40 kilomètres ! Pour les semer je lance parfois un décompte, « 3…2…1…GO ! » et c’est parti pour une course acclamée par les paysans qui rigolent de ce spectacle. Une fois nous sommes même devenus un vrai peloton. Je leur dis respect avec leurs vélos mono-vitesse…

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En fin de journée je rejoins le village de Boni ou je rencontre Gina, membre de Peace Corps en mission humanitaire depuis 2 ans. Une jeune femme aussi forte que son grand sourire toujours affiché à ses lèvres. Dans deux mois elle doit retourner chez elle, mais sa seule envie est déjà de revenir ici.

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Sur la route vers la Zambie, je rencontre à Kasungu, Aaron un autre jeune, cette fois-ci Canadien, qui est bénévole dans une communauté pour quelques mois. Il m’invite à passer la nuit chez lui dans sa petite maison. Troublante rencontre puisque nous nous ressemblons physiquement, avons le même âge et partageons de nombreux points de vue.

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La frontière zambienne n’est plus loin, je lui propose de m’accompagner, mais son programme est déjà bien chargé. Nous nous donnons rendez-vous quelque part sur la planète.

Je passe ma dernière nuit dans le pays en dépassant mes derniers Kwacha dans la chambre d’un « Rest House » à l’ambiance maison de passe…

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Pour finir cet article je voudrais partager un poème. C’est Roland Erhel, un ami (écrivain) de ma famille, qui l’a écrit pour moi et me l’a envoyé alors que je voyageais au Malawi. Il tombait à pique ! Parfois, comme dans une vie « normale », on a des coups de mou. Recevoir ce poème m’a requinqué je vous l’assure.

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6 réflexions sur “Malawi

  1. Merci Gautier une fois de plus pour ce récit, ces photos d’une belle sensibilité (elles racontent tant…!) et pour partager avec nous ce beau poème. Un seul mot d’ordre, ah ah! : Continue! Eh oui la ressemblance avec Aaron est troublante! Navigues-tu actuellement en direction de l’Amérique du sud? A très bientôt!

  2. Bonjour,
    Mêmes commentaires que Quentin. Beau récit, on est avec toi. Troublante ressemblance avec Aaron. Et quel beau poème qui m’a émue. J’attends la suite de tes aventures, c’est toujours un plaisir de te lire.
    Kénavo !

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