Namibie (1ère partie)

Le samedi 27 février 2016, je traverse le Zambèze, frontière naturelle entre la Zambie et la Namibie.
On m’avait prévenu, l’Afrique avec un grand “A” était fini pour moi. La ville de Katima Mulilo n’est pas très évoluée, mais déjà je peux voir la différence. Le charme des supérettes est remplacé par les façades franchisées sud-africaines : Pick’n Pay, PEP, FNB …
L’influence des colonies allemandes se reconnaît dans l’organisation des rues et dans l’architecture.

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Alors que je cherchais un endroit pour passer la nuit, un drôle de personnage m’interpelle depuis sa voiture pour savoir si j’ai besoin d’aide. Son nom est Jörg, il est Allemand et vit ici depuis 25 ans, ce qui correspond à l’indépendance de la Namibie. Il m’invite à passer la nuit chez lui en dehors de la ville.
Sa maison est un ancien lodge se trouvant au bord du Zambèze. Il y a des crocodiles et on peut entendre les hippopotames grogner.
Jörg est guide, mais dans le coin on le connaît comme Mr. Moringa, en référence à la plante du même nom. Selon lui c’est la meilleure au monde, sa consommation est extrêmement bonne pour la santé. Ses feuilles sont riches en minéraux et antioxydants.
Sa culture est facile puisqu’elle demande très peu d’eau et beaucoup de soleil. Parfait en Afrique !
En plus d’en vendre dans le coin, il l’exporte en gélule vers l’Europe où ça se vend comme des petits pains.

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Je reste en tout quatre nuits chez Jörg. Il faut dire que j’ai le droit à un grand lit gonflable et de la bonne nourriture. Le premier soir nous commençons le repas avec une soupe à la crème et ses croûtons. Puis il sort du pain de campagne, du pâté, des cornichons et du beurre salé ! Uhmm ! Un régal pour mes papilles. Pour se désaltérer, rien de mieux que du cidre.
Les prochains jours sont du même style. Ça me permet de prendre mes marques dans ce nouveau pays.

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Enfin reposé, je reprends la route. Je me trouve dans la bande de Caprivi, une région coincée entre le Botswana et l’Angola. Je me dirige vers l’ouest où j’espère arriver, après brousses et déserts, sur la côte atlantique.
Tout d’abord je dois rouler sur de longues lignes droites sans grand intérêt. Heureusement le premier jour le vent me pousse dans le dos. Si bien que j’arrive en début d’après-midi après 120 km à Kongola. Jörg m’a donné le contact d’un ami Autrichien gérant un fast-food appelé « Chicken Hut ». Je préfère m’y arrêter pour la nuit puisque devant moi se trouve 200 km de parc national connu pour sa forte population en éléphants, lycaons, lions, etc.
J’ai le droit de dormir entre les sacs d’oignons et de farine de maïs.

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Au petit matin je traverse les barrières du parc. À peine une demi-heure plus tard je croise mon premier éléphant caché dans les buissons. Je ne m’attarde pas, je me sens assez vulnérable à ma hauteur de selle.
Je sais qu’il y a d’autres bestioles moins sympathiques dans le coin et à chaque souche d’arbre je crois voir pour une seconde un lion à l’affût. Parfois des phacochères me surprennent en s’enfuyant effrayés par mes grincements de pédales.
Je suis amusé de voir tous les 10-20 km des tables de pique-nique en plein milieu de la brousse. J’y fais mes pauses l’esprit un peu plus tranquille puisqu’il y a toujours un arbre ou un parasol pour grimper en cas de danger.

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En réalité, pendant la journée le risque n’est pas trop présent. Il faut juste avoir du bon sens et respecter les animaux sauvages avec une distance convenable. En général les lions languissent à l’ombre du matin au soir. Ils sont actifs la nuit une fois que la température leur est convenable.

Sur la route se trouve des anciens camps militaires transformés aujourd’hui en villages. Je m’arrête pour la nuit à Omega 1 dans une école. Même sous un toit je dois monter ma tente pour me protéger des moustiques. J’ai hâte de me trouver dans le sud du pays pour ne plus les craindre. Ici, ces petits insectes sont encore plus dangereux que les félins !

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La journée suivante commence sous la pluie. Les longues lignes droites m’ennuient. Quand une finie finalement dans un virage, une autre encore plus longue apparaît à l’angle.
Je croise encore un groupe d’éléphants se nourrissant dans les branchages. Ils sont imposants et silencieux.
Un groupe de touristes s’arrête. Le guide me prévient qu’à 20 km se trouve une meute de « wild dogs ». Ces chiens sauvages, appelé « lycaon » en français, sont sûrement mon espèce préférée vivant dans la brousse. Toutefois je préfère ne pas les croiser sur mon vélo. J’imagine que s’ils survivent dans le royaume des lions, ce ne sont pas des chiens de prairie. Leur façon de vivre en meute est fascinante. Le groupe qui atteint parfois une vingtaine est dirigé par un mâle et une femelle dominante. Le taux de réussite à la chasse est le plus élevé que n’importe quels de leurs concurrents. En général un petit groupe part chasser pour les autres. Leur méthode est terriblement efficace. Contrairement aux félins qui agrippent le cou de leur prise jusqu’à la mort, les lycaons, une fois avoir maîtrisé leur proie, étripent encore vivant la victime qui meurt sous le choc. Étant très vulnérables faces aux autres prédateurs comme les hyènes, lions, léopards… les lycaons ingurgitent un maximum de viande puis retournent au plus vite à leur terrier. Leur système digestif ne commence qu’une fois qu’ils se reposent. Ainsi, quand ils retrouvent les autres membres du groupe, ils régurgitent leur butin et partagent avec les autres.
L’espèce est malheureusement en danger d’extinction, comme beaucoup d’autres…

Photo de Katrin Gerchel

Même si j’adorais m’en approcher, je reste sur mes gardes une fois que le groupe de touristes s’éloigne. Ma hachette est prête à être dégainée même si je n’ai pas beaucoup de chance face à une meute affamée.
Au bout de 20 km j’aperçois en effet à l’horizon des tâches se baladant sur la route. Je sors mon appareil photo, zoom au maximum. Sur la photo je peux reconnaître 5 ou 6 silhouettes. Je préfère ne pas tenter le diable et j’attends pour qu’une voiture me prenne. Cependant en plein milieu de la savane il n’y a pas grand trafic !
Finalement, dans le sens opposé, où se trouvent les lycaons, deux 4×4 arrivent. Je vois, sûrement des touristes, les prendre en photo. Puis les voitures s’approchent à mon niveau. Je vous laisse imaginer la scène : un cycliste trempé par la pluie, en plein milieu d’un parc national rempli d’animaux sauvages, tend la main en l’air, pour sûr obtenir de l’aide. Que font les voitures ? Arrivés à mon niveau, ces ******* de touristes me regardent du coin de l’œil et accélèrent ! Je n’en crois pas mes yeux.
Heureusement, quelques minutes plus tard, deux voitures arrivent dans mon sens. La première ne ralenti pas et j’aperçois, étonné, un vélo chargé de sacoches comme moi à l’arrière du pick-up. La seconde s’arrête et m’explique que c’est un voyageur à vélo comme moi qui n’a plus de chambre à air qui se rend dans la prochaine ville. Cette seconde voiture n’a pas de place, elle propose de m’accompagner à hauteur du danger. Au même moment les lycaons se sont éloignés. Pas très rassuré, je stoppe la prochaine camionnette qui me sort des 20 derniers kilomètres du parc.

À Divundu je rencontre Nolan, le cyclo-voyageur. Il est Sud-Africain et retourne chez lui tranquillement. Il se rend en auto-stop à 200 km de là puisque je ne peux même pas lui dépanner une chambre à air. Je suis en 28 », lui en 26 ». On se donne rendez-vous quelque part sur la route d’ici quelques jours. Je dois d’abord de mon côté rectifier une erreur.
En effet, en entrant en Namibie j’avais demandé que 10 jours de visa sur mes 90 jours délivrés gratuitement. Je pensais traverser une partie du Botswana, puis entrer à nouveau en Namibie. Jörg m’a dit que ça ne valait pas le coût. D’après lui c’est une partie très ennuyante et je ne verrai rien du pays. Je décide alors de continuer ma route en Namibie, mais je dois d’abord mettre mes papiers en règle. Si je le fais au bureau d’immigration dans une ville, je devrais payer 30 US$, alors que si je sors du pays et y rentre aussitôt, ce sera gratuit. Par contre c’est 30 kilomètres aller-retour sur une piste avec beaucoup de vent. Je trouve inutile de le faire à vélo, au bout de 20 kilomètres quand même pédalé, un Ranger s’arrête. Makal El Dren accepte gentiment de me prendre. En fait c’est surtout que quelques kilomètres plus loin, c’est un parc national interdit aux cyclistes qui commence. L’entrée est même de 20 US$ ! Heureusement je ne paye pas. Il me prouve encore plus sa bonté en m’amenant à travers les deux frontières, puis en m’attendant pendant les procédures administratives et enfin en me conduisant de nouveau sur la route que j’avais quittée. Merci Makal !

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Son boulot n’est pas des plus faciles, mais il respire la joie de vivre. Il patrouille de jour comme de nuit dans les réserves pour traquer les braconniers s’attaquant majoritairement aux rhinocéros. En général, les ravisseurs viennent d’Angola. L’amende et la peine de prison sont tellement importantes qu’ils n’hésitent pas une seconde à échanger des coups de feu.

De retour à Divundu, ayant gagné une journée grâce à Makal, je sors de la route principale. J’emprunte la piste longeant la rivière Okavango délimitant la frontière avec l’Angola. Je suis cette piste sableuse pendant deux jours. Le sable est un point positif pour moi puisque je n’ai plus besoin de filtrer mon eau. Elle est purifiée naturellement.

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Trois nuits consécutives je dors dans différentes écoles. Les classes font partie de mes endroits préférés pour passer mes nuits, sauf en semaine quand les enfants arrivent avant 6h30, prêts pour attaquer la journée.

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Le pneu que j’avais trouvé en Zambie ne me laisse pas tranquille. Je dois réparer une à deux crevaisons par jour. Entre la pluie et la fatigue ma motivation d’avancer n’est pas au plus haut. Je roule quand même puisque Nolan se trouve 100 km devant moi. Il m’attend juste après le checkpoint de Mururani. Ils aspergent sur les roues un produit chimique afin de stopper la propagation de maladie pour le bétail et la mouche Tsetse que j’ai rencontrée plusieurs fois sur mon chemin. Cette fameuse mouche qui donne la maladie du sommeil. Au Kenya elle m’a embêté plusieurs fois. Elles sont coriaces et me traquaient même à plus de 40 km/h.

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Nolan et moi sommes contents de nous retrouver afin de mieux se connaître. Bien que nous voyageons de la même façon, nos habitudes sont différentes et il est intéressant de voir sa manière de vivre sur la route.
C’est pour la première fois que je voyage avec quelqu’un de fauché. J’en ai vu, et je suis le premier, à barouder avec un petit budget. Nolan est parti avec seulement quelques rands (monnaie sud-africaine) en poche ne dépassant pas 50 euros. Ce sont des amis, la famille et surtout les gens rencontrés sur la route qui lui permettent d’avancer. Il est parti il y a quelques mois du Cap pour faire un tour de l’Afrique Australe.

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Voyager à ses côtés me permet d’avoir un regard « local » sur la culture qui nous entoure. En effet, avant l’indépendance, la Namibie faisait partie de l’Afrique du Sud et s’appelait l’Afrique du Sud-Ouest. Il m’explique, avec son point de vue sud-africain, la différence entre les populations qui habitent ces deux régions.
Pour moi, sans grande connaissance sur le sujet, l’Afrique Australe était auparavant peuplée de noirs, puis les blancs sont arrivés coloniser leurs terres. Je croyais que le conflit entre les deux couleurs venait de là. En fait c’est un peu plus complexe puisque les peuples habitant ces régions n’étaient ni noirs ni blancs mais étaient composés d’une ethnie différente regroupant trois majeures tribus. Les Bushmen habitant dans la brousse, les Strand-lopper sur les côtes et les Khoï-san habitant dans les montagnes. Ils sont très reconnaissables par leur petite taille, leur couleur de peau brune et leur regard intense.
Puis il y a les « coloured », que je traduirais par métisse, mais avec un brin un peu plus raciste. Métissage entre blancs et bushmen par exemple.
Ici tout le monde fait la différence entre les noirs, les blancs, les métisses et les bushmen.
C’est assez déroutant pour moi de me rendre compte de tout ça. Malgré tout, en Namibie les différentes ethnies se respectent plus qu’en Afrique du Sud. Chacun vit quand même de son côté et ils se mélangent rarement en dehors du travail.

Nolan, parlant africanns, langue des Afrikaners de racine flamande, nous permet de briser la glace plus facilement. Ainsi quand nous cherchons un endroit où dormir à Grootfontein, nous sommes autorisé à camper dans le club de rugby. Le cliché du Boer est confirmé. Ils sont tous immenses et bâtis comme des armoires.

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Sur la route le lendemain, une des personnes rencontrées au club nous retrouve et nous propose de dormir dans une de ses fermes. Les indications sont précises : à 8 km d’Otavi, tournez après la colline à droite. Continuez sur 500 m, une fois avoir traversé la voie ferrée longez là sur sa droite. Au premier pneu tournez à gauche et montez la colline. Passez la barrière et trouvez le bushman qui surveille la propriété. Facile, non ?
Je m’imaginais la Namibie plus désertique. La partie nord est toujours bien verte et les paysages sont tout aussi magnifiques.
Une fois avoir trouvé cette bifurcation et avoir suivi toutes les indications, nous rencontrons le bushman qui avait été prévenu. Il ne parle pas anglais, mais sa langue natale le khoïkhoï qui utilise des sonorités en claquant la langue ou les lèvres. Heureusement, il parle aussi couramment l’africaans et Nolan est encore une fois très utile. Il arrive même à nous dégoter un morceau de viande. Ce soir on « braai », ce qui signifie « barbecue » en africaans. Ça fait partie du lexique de l’anglais sud-africain, comme beaucoup d’autres que je vais apprendre dans les prochains mois.

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Prêt à partir à l’aurore, je me blesse bêtement avant même de monter sur mon vélo. En descendant trois marches, ma roue avant se coince et le poids de l’arrière bascule directement sur moi et ce sont les dents de mon pédalier qui coupent mon mollet gauche et finissent leur course en s’enfonçant dans mon mollet droit. Résultat : ça fait mal !

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Nous pédalons quand même 120 km dans la journée et atteignons une autre ferme. Les propriétaires n’y vivent pas et nous autorisent d’aller dans le potager afin de cueillir ce que l’on veut pour notre dîner. Rien de mieux qu’un bon potage au feu de bois pour finir une journée éprouvante.

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Plus nous avançons, moins il y a de verdure. Le désert arrive et on le ressent le matin par la fraîcheur qui nous oblige à rallumer le foyer pour nous réchauffer. Je ressors même mon bonnet.

En arrivant à Kalkfeld, nous nous arrêtons à la supérette pour faire le plein d’énergie. Je suis fatigué par les derniers 11 jours pédalés, il est temps de trouver un endroit où se reposer. Encore grâce à Nolan, nous sympathisons avec les gérants du magasin qui sont les deux seuls « Boer » du coin. Pete et Arie, père et fils, nous proposent de dormir chez eux. Ils ont une salle des fêtes où nous pouvons passer les prochaines nuits.
Leur village est composé d’une majorité de « coloured » et je suis toujours surpris par l’animosité qu’il peut y avoir entre les différentes couleurs de peau. Ce que je comprends petit à petit c’est que c’est surtout leur différente place dans la société qui a mené chaque ethnie à se regrouper et à creuser encore plus la différence entre chaque culture.

Pete et Arie ont leurs idées bien tranchées sur le sujet. Si je n’étais pas blanc, ils ne m’auraient jamais ouvert leurs portes. Pour donner un exemple, quand ils parlent d’un groupe de noir qui installait des lignes électriques, ils les désignaient comme : « regardez ces putains de babouins qui grimpent partout ! ». Ça ne les empêche pas d’avoir le cœur sur la main en nous accueillant et nous nourrissant pendant deux jours.
En Namibie ils sont tous très fier de leur viande. Le deuxième soir, lorsque leur famille vient de la ville voisine, ils organisent un « braai ». Je n’avais jamais vu aussi de viande pour si peu de personnes ! Il faut le reconnaître, la viande est très bonne, ça change du caoutchouc que j’ai pu mastiquer sur les routes africaines.

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Le désert commence une fois passé Omaruru. Nous quittons le bitume pour une piste de tôle ondulée qui nous fait perdre tout ce qui est mal attaché sur nos vélos.
La piste étant clôturé de chaque côté, il n’y a aucun moyen de dormir à l’abri des regards, sinon trouver un pont. Nous croisons les doigts qu’un orage n’éclate pas pendant la nuit et nous emporte dans une vague torrentielle.

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Je me réveille avec la nausée et des problèmes intestinaux. Sûrement l’eau de la veille. Difficile d’avancer, dans les montés j’ai la tête qui tourne. Au bout de quelques heures je n’en peux plus, Nolan est devant moi et la piste devient sableuse. J’arrête une voiture pour leur demander de l’eau moins chaude que l’eau de mes bouteilles devenue bouillante.
Notre objectif de la journée est Uis à 86 km. Un enchaînement de vallées arides sans âmes qui vivent.
J’arrive à pousser jusqu’à 60 km, après je ne me sens plus capable et je m’arrête à l’ombre d’un buisson pour me protéger de ce soleil ardent. C’est décidé, je ferai du stop les 25 derniers kilomètres. Le bémol est qu’en plein désert les voitures sont rares. La seule en deux heures n’a pas de place. Donc pas le choix, il faut continuer à la force de mes mollets.
Nous trouvons un camp pour 4×4 où nous pouvons dormir gratuitement.

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Le lendemain je vais mieux. Par contre quand nous voulons remplir nos gourdes, nous nous rendons compte que l’eau qui sort du robinet est salée… Les réserves sont à sec. Nous devons acheter de l’eau au supermarché où nous faisons une rencontre surprenante. Trois femmes et leurs enfants de la tribu Himba font leurs emplettes. Reconnaissable par leurs bijoux et le simple pagne autour de leur taille, leurs cheveux et leur peau recouverts d’ocre. Par contre ils sont connus pour profiter du tourisme, donc pas de photo sans payer.

Je savais que l’approvisionnement en eau en Namibie était compliqué. Cependant on m’a dit qu’il y a toujours des touristes en 4×4 ravis de nous aider si on secoue une bouteille vide à leur approche. Ça fonctionne bien jusqu’à présent.

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Plus nous avançons, plus des rafales d’air iodé nous enivrent. Nous nous approchons de l’océan Atlantique. En fin d’après-midi, nous n’arrivons plus à lutter contre les éléments et trouvons entre deux dunes une zone abritée du vent.

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La piste sableuse se revêt d’une croûte de sel à l’approche de la côte. Confortable comme du bitume.
Nous atteignons l’océan à Henties Bay. Je suis un peu déçu de la côte. Il fait gris et l’eau est froide. Je suis tout de même content puisqu’il y a deux mois je quittais Dar Es Salaam en Tanzanie où se trouve l’océan Indien. Maintenant je me dirige plein sud vers le Cap.

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Nous longeons la côte jusqu’à Swakopmud. Nolan veut absolument s’arrêter là pour la nuit, mais nos recherches sont infructueuses. Il a pour habitude d’aller dans les guest house ou campings et demander d’avoir une nuit gratuitement. Ici ça ne fonctionne pas et tout le monde nous demande de l’argent. Il se fait tard et nous sommes toujours à la rue.
Finalement nous rencontrons quelqu’un qui nous dit qu’un de ses amis serait ravi de nous accueillir. C’est avec plaisir que cet ami accepte et nous le rencontrons devant chez lui de retour d’un tour à vélo.
Volkman à 56 ans, il est fan de sports tel que le windsurf, la course à pied, le vélo… Encore une fois nous sommes bien chanceux, c’est dans le luxe que nous dormirons ce soir. Par contre son frigo est vide, il décide alors, comme tout bon Namibien, d’aller acheter de la viande pour un braai. Nous passons une très agréable soirée. Puis nous partons, exténués, nous coucher dans des lits bien douillets.

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Nous aurions bien fait la grasse matinée, mais Volkman part rejoindre sa femme au Cap. Grâce au wi-fi, Nolan a pu contacter un de ses anciens amis habitant ici même à Swakopmud. Après une journée de galère, je vous passe les détails ennuyants, nous arrivons à le trouver et à dormir chez lui.
Mattews vit avec sa mère dans une école maternelle. Encore une fois, c’est braai ce soir avec cette fois-ci deux poulets sur le gril pour seulement quatre personnes.

Mattews propose du travail à Nolan pour quelques jours afin de réapprovisionner ses caisses. Plus tôt dans la journée, nous avions déjà décidé avec Nolan que nous allions prendre deux chemins différents le lendemain. Nous avons apprécié de partager un bout de route ensemble, mais nous souhaitons retrouver nos propres habitudes.

En partant après le petit déjeuner, Mattews et sa mère me conseillent de prendre un autre itinéraire que celui que j’avais envisagé. En effet, pour descendre à Walvis Bay, la route qui longe la côte est très fréquentée, mais elle est connue pour son magnifique panorama entre dunes et océan. Désert jaune et désert bleu. Selon eux, je devrais prendre une route avec moins de trafic derrière les dunes. Ils insistent. Pour leur faire plaisir je préfère ne pas argumenter, mais je sais déjà ce que je vais faire.
Arrivé à la bifurcation, je choisis le panorama. Il y a beaucoup de voitures mais j’ai déjà vu pire. Je ne suis pas déçu de mon choix et la suite des événements me le confirmera.

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Alors que je roulais à bon rythme, une voiture me dépasse, puis stoppe et fait demi-tour pour venir à mon niveau. Dans un Land Rover luxueux, deux femmes, Toni et Christina, ouvrent leurs fenêtres et me demandent, interloquées, ce que je fais. Je leur explique mon voyage et elles ont l’air bien étonnées. Elles me demandent où je passe la nuit ce soir. Mon plan était de bifurquer vers l’est pour passer les prochains 15 jours dans le désert. Elles me disent qu’elles sont propriétaires d’un lodge à Walvis Bay et que si je le souhaite je suis le bienvenu à y passer la nuit.
Ma bonne étoile me suit, je ne souhaitais qu’une chose, me reposer avant d’attaquer le désert.

Après une heure et demie, j’arrive dans la lagune de Walvis Bay, un quartier très luxueux coloré par des milliers de flamants roses.
Je reconnais la voiture devant l’Egumbo Lodge. Toni et Christina boivent leur café dans la véranda. J’ai honte d’arriver si sale, mais je suis accueilli comme un roi. J’ai le droit à un petit déjeuner tardif. Nous discutons pour un moment, puis elles appellent un employé pour me faire choisir la chambre qui me plaira. Toutes sont plus luxueuses les unes que les autres, mon choix se fait dans celle avec une baignoire.
Nous sommes à la veille d’un grand week-end, tout le monde part visiter leur famille. Elles me disent que je peux rester le temps que je veux et manger aux frais de la maison. En partant, elles me laissent une enveloppe avec une jolie carte et 1000 dollars namibiens, soit environ 66 euros.
« The univers is looking after me ».

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La générosité des lieux ne s’arrête pas là. Je reste trois jours pour reprendre des forces et réparer mon vélo. Je rencontre d’autres clients, Johnny et Yazira qui sont eux aussi impressionnés par mon voyage. Après m’avoir offert le repas, ils m’offrent eux aussi 900 $N.

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Ce n’est que le début de mon aventure namibienne, la partie la plus excitante est devant moi : le désert du Namib.

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6 réflexions sur “Namibie (1ère partie)

  1. Bonjour,
    Ravie d’avoir la suite aussi vite. Est-ce que ce M. Moringa n’aurait pas des origines bretonnes ? Et que de belles rencontres ! Il faut dire aussi que tu as un beau physique qui inspire la sympathie et un sourire craquant, c’est mon opinion de femme et j’arrête là car tu ne vas plus pouvoir pédaler si tu as les chevilles qui enflent. Merci pour cet épisode. J’essaie de mettre un commentaire à chaque fois car je pense que ça fait plaisir à celui qui écrit car cela prend beaucoup de temps et au soir d’une journée quand on est bien fatigué et qu’on n’a qu’une envie dormir et qu’il faut écrire ce qu’on a fait dans la journée car si on attend le lendemain on a déjà oublié beaucoup de choses. C’est du vécu car à chaque voyage, je tiens un carnet. A bientôt.
    Anne
    PS : je te rassure tout de suite pour les compliments, j’ai 60 ans et tu as l’âge de mon fils !

  2. Bonjour,
    c’est toujours avec grand plaisir que je « vagabonde »… Merci pour ces belles photos et ces récits intéressants
    Bravo pour toute cette énergie, bonne continuation, j’attends la suite
    Anne BANCEL

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