Voyage autour de la France été 2014 (2100 km)

Afin d’introduire ce blog, qui sera dédié à mes récits durant mon tour du monde, je souhaitais partager l’une de mes dernières expériences de voyage.

En août 2014 je suis parti de Landerneau, dans le Finistère, avec l’idée de faire un tour de France à ma manière en trois semaines. Bien vite je vais me rendre compte que ce défi va être difficile à relever à cause ou grâce à toutes les rencontres que je vais faire le long de ma route.


 

Landerneau – Rieux
Rieux – La Rochelle
La Rochelle – Arcachon
Arcachon – Barran
Barrand – Bourg-Madame
Bourg-Madame-St Jean d’Alcas
St Jean d’Alcas – St Remèze
St Remèze – Lyon

 

La Bretagne

Départ le dimanche 3 août de Landerneau. Mon objectif est de rejoindre Vannes pour le lendemain. Je profite du chemin pour passer voir des membres de ma famille.

Départ Landerneau

Départ de Landerneau

Je me retrouve très vite dans le vif du sujet en m’attaquant aux premiers « cols » de mon périple, les Monts d’Arrée… En soit ils n’ont rien d’effrayant mais leur relief ne permet pas de garder un rythme régulier puisque dès que l’on s’habitue à monter il y a immédiatement une descente qui arrive puis encore une montée  /\/\/\/\/\/\/\/\/\ …

Bien lancé j’arrive par la suite dans le monde enchanté des forêts bretonnes où je ne serais pas étonné de voir surgir un elfe par-ci ou une fée par-là.

Je me perds plusieurs fois sur ces petites routes, le soleil me permet de me diriger. Mais me tromper de route n’est pas grave puisque je ne me suis fixé aucun itinéraire, ça me permet de découvrir des endroits magnifiques.

Fin-Morb

Première frontière …

En déjeunant sur la place d’un village désert, je me dis : «  ce soir quelqu’un ne le sait pas encore mais je vais dormir chez lui ! ».

Au bout d’une centaine de kilomètres je décide de trouver mon hôte encore inconnu.

C’est là que je vois une femme faire du jardinage devant chez elle. Je l’interpelle, elle sursaute, je lui demande si elle a un coin où je peux dormir pour la nuit, elle me dit oui, et je me retrouve avec un lit. Presque trop facile.

Afin de la remercier, je l’aide à jardiner. Ma mission, couper et ramasser des hortensias. À deux nous allons beaucoup plus vite.

Elle avait prévu d’aller à la plage ce soir et me propose de l’accompagner. Nous nous rendons pas très loin à Clohars faire du bodyboard, une plage qui à changé de visage depuis le passage des tempêtes violentes du début d’année. Nous pique-niquons après ce bain vivifiant au soleil couchant.

clohars

Clohars plage

Le lendemain je quitte Françoise avec ses beaux projets d’habitats groupés et de tracteur rose. Grâce à elle je vais pouvoir rejoindre des amis par les petites routes puisqu’elle m’offre une carte de la région plus détaillée.

J’ai donc pour objectif d’aller à la rencontre de deux cyclo-voyageurs qui sont partis il y a quelques semaines faire un voyage à vélo à travers toute la France. Océane est partie il y a quelque temps au Kirghizistan pour rejoindre un groupe de tourdumondistes, où Yann, son futur compagnon se trouvait.

J’aime ces jours où l’on a un objectif et qu’on ne sent plus ses jambes pendant plusieurs heures. J’aurais fait environ 150 km.

En fin de journée, après les avoir rejoint, nous arrivons aux alentours de Rieux où un monsieur interloqué par nos paquetages engage la conversation et nous proposera de camper dans son champ.

Mes deux compères et moi dînons autour d’un bon repas. Ils me partagent leurs expériences de voyageur aux long cours et les ficelles pour réussir un tel voyage. Pour ma part je leur apprends quelques techniques de voyageur ultra-léger.

Bivouac

Bivouac dans  un champ

(La suite c’est par-là)

La côte Atlantique (1ère partie)

Après une bonne nuit au milieu des champs, Océane, Yann et moi reprenons la route ensemble pendant quelques kilomètres. Nous nous séparons après Rieux. Ils partent vers Nantes pour prendre un train afin de rejoindre des amis dans un éco-village dans les Montagnes Noires au-dessus de Carcassonne.
Moi je vais direction Saint-Nazaire, mais nous nous donnons rendez-vous aux « Linas », là où ils se rendent. Je ne le sais pas encore mais tout ne se passera pas comme prévu …

Pour l’instant c’est la Loire que j’ai pour but de traverser. Y parvenir ne sera pas choses aisée, il y a beaucoup de vent de face, des douleurs physiques apparaissent, mais enfin j’arrive à ce monstre, le pont de Saint-Nazaire. L’exposition au vent est très important, les rafales me font dévier de l’étroite bande cyclable, alors que les voitures me frôlent.

Pont de St-Nazaire

Pont de St-Nazaire

La route qui suit est monotone, je traverse des marais et de longues étendues plates.
Encore une fois, ce soir-là je décide de trouver un toit pour la nuit. Après seulement un refus, je me retrouve chez une famille fan de mécanique « auto-moto ». Ils m’offrent généreusement une douche, un repas et un abri original, la verrière de leur piscine !

Le lendemain la pluie est au rendez-vous, tellement que je suis forcé de m’abriter sous la première chose que je croise, une Peugeot abandonnée. J’en profite pour mettre mon carnet de route à jour et établir l’itinéraire de ma journée. En effet, je dois retrouver ce soir-là à La Rochelle Damien et sa copine, un autre couple de voyageurs. Alors que je me protège encore une fois de la pluie dans une cabine téléphonique, je reçois un SMS. C’était Damien qui me prévient qu’ils doivent rentrer en urgence en région parisienne à cause d’un décès dans sa famille.

Malgré tout, je décide d’atteindre mon but. Mais dans ma tête je passais la soirée accompagné. Du coup, j’adopte une nouvelle technique. Une fois arrivé à La Rochelle je me poste devant l’office de tourisme. J’attends quelque temps. Au bout d’un petit moment je vois deux cyclotouristes tout de jaune vêtus. J’applique une nouvelle fois ma devise « qui ne tente rien n’a rien » et les abordent. Ils s’appellent Quentin et Madita, ils sont partis de Rennes pour suivre le fil de la Vélodyssée jusqu’à Soulac-sur-Mer. Nous sympathisons et décidons de trouver un lieu pour passer la nuit. Nous nous rendons vite compte que les campings sont pleins et que l’auberge de jeunesse aussi. Avant de partir dormir dans la nature nous tentons une dernière solution, Warmshower. C’est un réseau de voyageur à vélo qui propose comme son nom l’indique, une douche chaude et puis dans la logique des choses un endroit où coucher. Tout ça sans échange monétaire.

Tout de jaune vêtu

Tout de jaune vêtus

PArtage de repas

Partage d’un repas à la Rochelle avec Quentin et Madita

C’est Catherine, une femme formidable qui nous accueille pour la nuit. Ce n’est pas une cyclotouriste, mais accueillir des voyageurs est sa manière de remercier indirectement les gens qui ont logé son fils alors qu’il voyageait à vélo à travers les Etats-Unis.
La soirée était dotant plus sympathique qu’il y a déjà un voyageur à vélo chez elle, Marcelo, un Salvadorien parti il y a presque deux ans d’Alaska pour faire le tour du monde.
Nous ne le savons pas encore, mais Marcelo et moi partagerons de belles aventures pendant plus d’une semaine.

(La suite c’est par-là)

La côte Atlantique (2ème partie)

Après un bon petit déjeuner, Marcelo et moi reprenons la route ensemble alors que Quentin et Madita vont direction du bord de mer avec Catherine notre hôte de la veille.

Petit déj' chez Catherine

Petit déj’ chez Catherine

C’est impressionnant de voir comment le voyage nous porte quand on laisse place à l’imprévu. Qui aurait pu imaginer que je me retrouverai à pédaler avec un Salvadorien réalisant en ce moment même mon rêve de faire le tour du monde ?

À une bonne allure nous rejoignons Rochefort puis Royan afin de prendre le bac pour traverser la Gironde et de nous retrouver chez les nudistes !

Mon vélo - Celui de Marcelo

10 kg VS 55 kg

Marcelo sur le bac

Marcelo découvrant le pâté Hénaff sur le bac

Je me crois à l’étranger, en effet il fait beau, chaud y hablo español todo el día. Parfois nous partons dans des fous rires puisque je parle le castillan (langue officielle d’Espagne) alors que Marcelo parle l’espagnol d’Amérique Centrale. Ce qui entraîne parfois des quiproquos… Par exemple, quand je veux prendre quelque chose, « coger » en espagnol, il comprend que je veux avoir une relation sexuelle avec lui. Vous voyez les malentendus…

Après une traversée d’une vingtaine de minutes, nous atteignons l’autre rive. Nous empruntons pour la première fois la voie verte reliant la Bretagne au Pays-Basque. Certains me maudiront mais je n’aime pas du tout ces chemins balisés. Je m’explique.
D’une part, notre rythme, se trouvant généralement supérieur à 20 km/h peut gêner les autres utilisateurs optant pour une allure plus familiale.
D’autre part, on est fondu dans la masse. Les habitants nous prennent pour deux touristes de plus, ce qui rend difficile l’échange et l’accueil puisqu’ils sont bien trop souvent monétaires.
Pour finir, ce que j’aime, c’est me diriger à la carte, me tromper, fouler un chemin méconnu, alors que là, sur une voie verte telle que la Vélodyssée, on se fait promener d’une balise à une autre.
Ce type de parcours est super pour des personnes qui veulent découvrir les joies de la pérégrination cyclopédique. Mais pour un voyageur économe comme moi, qui ne veut pas dépenser son argent dans les campings et les restaurants, je préfère partager la soirée avec un inconnu et pique-niquer dans les champs !

Sur la route

Sur la Vélodyssée …

Alors pour fuir tout ça, nous décidons de nous éloigner dans un chemin de traverse et bivouaquer dans les forêts de pins.
C’est agréable de se retrouver avec un voyageur expérimenté. En effet l’installation d’un lieu pour bivouaquer est toute une organisation. Alors quand on se retrouve avec des apprentis baroudeurs, on a une plus grande responsabilité du camp et de son organisation, difficilement assumable après une dure journée.
Là avec Marcelo, on est chacun autonome, quand on en a besoin, on s’entraide sans forcément se le demander et les choses se font naturellement. C’est aussi un bon moment pour partager nos expériences.
Ce soir-là nous nous endormons au rythme des musiques disco d’un camping situé non loin de notre campement.

Bivouac chez les nudistes !

Bivouac chez les nudistes !

Nous nous réveillerons le lendemain matin avec tout juste le temps de rassembler nos affaires avant avant que la pluie n’arrive.
Nous avons comme objectif pour la journée de rejoindre Yoann un très bon ami à moi  qui travaille pour la période estivale à Arcachon. Nous pensions arriver en milieu d’après-midi. Mais la carte était trompeuse… puisque jusqu’à Arcachon elle était toute verte de landes. Peu de routes étaient indiquées, seulement des grands axes, pour nous il nous restait moins de 80 km. Ce seront en fait plus de 130 km… Arrivés à presque 20h00 à Arcachon nous nous mettons à genoux au panneau d’entrée de la ville et rejoignons Yoann tout juste sorti du boulot. Il nous accueille dans une maison qu’il partage normalement avec un colocataire absent à cause d’une blessure. Du coup on se retrouve avec un vrai lit !
Exténués, nous passons tout de même une bonne soirée ensemble. Malheureusement mon ventre commence à se fait sentir…

Arrivée à Arcachon

L’arrivée à Arcachon

La grasse mat’ prévue s’est rallongée. En effet mes douleurs de la veille se sont confirmées. Un peu de repos c’est donc imposé. Par chance, ce sera la journée la plus pluvieuse du voyage. On en profite pour rafraîchir la mécanique de nos vélos et par la même occasion nos coupes de cheveux !

Coupe avant-après

Coupe avant-après

(La suite c’est par-là)

Le sud-ouest

Cette journée de repos m’a remis d’aplomb et on quitte enfin Arcachon.

Adios Arcachon

Adios Arcachon

La veille je n’allais pas bien. Marcelo était là et s’est occupé de moi. Ce jour-là, c’est son moral qui n’estpas au beau fixe.
En effet il doit se rendre dans une semaine à Barcelone pour accueillir à l’aéroport Helga, une Brésilienne qui l’a accueillit à Rio et avec qui il s’est très bien entendu. Sur un coup de tête elle a décidé de le rejoindre pour un mois dans le but de relier Barcelone à Amsterdam à vélo. Le problème est qu’elle a tout organisé, c’est-à-dire le nombre de kilomètres journalier, quelle ville ils doivent rallier pour le soir, etc. De plus c’est une grande dépensière. Alors que lui sa philosophie du voyage est tout autre. Son budget quotidien est de 4 €, il a une idée d’où il veut aller mais n’étudie pas forcément la route. Il laisse le hasard de l’itinérance opérer.
À cause de tout ça il est mal moralement mais aussi physiquement. Tellement nerveux qu’il ne sent plus certains doigts d’une de ses mains.
Donc la veille il était à mes côtés, ce jour-là je suis là pour lui remonter le moral.

Atelier réparation

Atelier réparation

Par chance la girouette est de notre côté, nous traversons à vive allure de grandes étendues de forêts landaises avec le vent dans le dos. Nous enchaînons les kilomètres, parfois même je me retrouve à une moyenne de 35 à 40 km/h !

Route sablonneuse

Longue route sablonneuse

J’avance depuis le début de ce voyage avec des cartes Michelin des années 70-80. Je les avais trouvées à côté de chez moi dans les poubelles à la fin d’une braderie. Mais comme je n’avais pas prévu de passer par là, je n’avais pas amené tout le tas. Si je me souviens bien c’est la carte n°82 qui nous manquait. Imaginez vous, nous étions un dimanche, pommés entre les Landes et le Lot et Garonne, sur la place d’un petit village désert. Au loin je vois écrit « Brocante ». Je me dis « Qui ne tente rien n’a rien » et j’y vais. Le brocanteur était assis autour d’un verre avec une femme sous un parasol. Je leur demande s’ils ont par hasard des vieilles cartes routières de la région. Il me dit de le suivre et il me trouve 3 ou 4 cartes. Et vous aller pas me croire, mais dans ce lot se trouvait la carte que l’on recherchait ! On n’en croyait pas nos yeux. Elle datait de 1960 mais les petites routes que l’on emprunte à vélo sont très bien représentées.
Comme quoi il faut des fois provoquer le destin pour obtenir l’impossible.

En fin d’après-midi nous faisons une pause dans un village où se déroule une fête foraine. Nous en profitons pour nous désaltérer avec une boisson rafraîchissante. Marcelo me demande où je souhaiterais passer la nuit, d’un commun accord nous décidons modestement de dormir dans une grange.
Nous quittons les grands axes pour les petites routes afin de trouver un lieu correspondant à nos attentes. C’est là que l’on distingue au loin une ferme avec plusieurs granges. Je ne suis pas trop partant pour sonner directement à la porte des gens et demander l’hospitalité, je préfère aborder les gens quand ils sont dehors. Mais Marcelo me tannait et le lieu était vraiment magnifique. On finit par rencontrer les propriétaires étonnés de nous voir chez eux. Nous expliquons notre voyage, quelques minutes de bavardage plus tard, ils nous permettent de passer la nuit dans une de leurs anciennes granges.
Après une bonne douche avec l’eau fraîche du puits, nous nous installons tranquillement, cuisinons des Torillas de patatas avec des légumes trouvés sur la route et ne tardons pas à nous coucher.

Grange

The grange

Nuit grange

Marcelo qui concocte de bonnes tortillas de patatas !

Habitué à la grasse mat’, on serait bien resté un peu plus longtemps. Mais Clément, mon frère nous attend en dessous d’Auch à une bonne centaine de kilomètres. Pendant que je voyageais autour de la France à vélo, lui faisait son tour à sa manière, moins sportif mais tout autant aventureux, en autostop. Quelle famille !
Mais les grandes étendues planes laissent vite place aux bosses du Gers. La journée est très dure mais heureusement que les paysages sont à la hauteur. Après une longue route Clément nous attend à Barran avec des arguments de choix, de la bière et du saucisson, ça en valait la peine !
On s’est donc mis ensemble à la recherche du lieu idéal pour la soirée. Nous avons élu domicile sur un terrain entre des maisons et un cimetière. Nos voisins sont très généreux, la maison d’à côté nous offre des bières et des tomates fraîches, le cimetière lui nous apporte l’eau pour la douche, le linge et la cuisine.
Nous profitons des choses simples et passons une super soirée avec mon frère.

Soirée avec Clément

Soirée avec Clément

(La suite c’est par-là)

L’arrivée dans les Pyrénées

Nous quittons Clément en fin de matinée. Il repart en stop vers Toulouse alors que nous nous dirigeons de plus en plus vers l’Espagne, direction les Pyrénées.

Bivouac avec Clément

Bivouac avec Clément à Barrran

Ruelle

Ruelle inspirante

Ce jour-là nous avons tenté une nouvelle technique de cyclo-vagabond qui consiste à aller demander dans les boulangeries le pain destiné aux poubelles. Hésitant, je me lance, malheureusement la boutique était fermée la veille donc ils n’ont pas de pain à jeter. Mais la boulangère, généreuse, nous offre avec grande gentillesse des viennoiseries du jour.
Nouvelle technique adoptée !

Pendant notre pause déjeuner, nous tombons à l’arrière d’un supermarché sur une poubelle remplie de fruits et de légumes encore bons à la consommation (raisin noire, tomate, concombre, courgette, aubergine, laitue …). Tellement que nous ne pouvons pas tout prendre et faisons profiter d’autres clients.

Petite pause

Petite pause

Le temps commence à se gâter. On décide alors de trouver un toit pour la nuit. C’est là qu’on voit une grande bâtisse ressemblant à une ancienne école religieuse. Nous en faisons le tour pour essayer de rencontrer quelqu’un, mais personne à l’horizon. Il y avait quand même des voitures dehors, ce qui veut dire qu’il y avait bien quelqu’un.
Nous sonnons, un homme ouvre, mais nous ne nous sentons pas les bienvenus. En effet on nous dit que le lieu paraît immense mais qu’ils n’ont pas la place pour deux pauvres voyageurs. Ils nous proposent tout de même le toit du préau pour passer la nuit au sec.
Une tempête s’abattra une bonne partie de la nuit, mais nous resterons par chance au sec. Nous apprendrons par la suite que cette communauté religieuse était composée de seulement quatre personnes pour plusieurs milliers de m² !

Nuit sous le préau

Nuit sous le préau

Le lendemain matin nous rentrons enfin dans le vif du sujet en pénétrant dans les Pyrénées Ariégeoise. À mesure que l’on avance, l’air devient de plus en plus frais, tout comme les paysages sont de plus en plus magnifiques.
Un pictogramme sur ma carte nous indique une curiosité touristique. Nous tomberons sur l’un des lieux les plus majestueux de mon voyage, la grotte du Mas-d’Azil. Un tunnel de plus de 400 mètres creusé naturellement par un cours d’eau.
Je note dans mon carnet : « Spectacle inattendu, ce qui le rend d’autant plus somptueux ».

Grotte Mas d'Azil

Grotte du Mas d’Azil

Avant de chercher un endroit pour la nuit, je laisse Marcelo demander du pain de la veille avec les quelques mots de français que je lui ai appris et il ressort avec du pain frais…
Mais trouver un endroit pour dormir se révèle difficile. Nous avons peur qu’une tempête comme la veille s’abbate. Dans le village où nous arrivons personne ne veut nous accueillir, nous obtenons un bonne dizaine de refus. Un groupe de jeunes fait tout pour nous aider mais même leurs familles refusent. On nous conseille plusieurs endroits. Nous élisons alors domicile sous le petit préau de la Mairie.
C’est quand nous maudissons les gens du coin qu’une des jeunes du groupe nous demande quelle saveur de pizza nous désirons, les parents étant à la pizzeria proposent de nous en offrir une. Une demi-heure plus tard nous nous régalons autour d’un bon repas.
Marcelo restera encore de plus en plus étonné de la sympathie des français. En effet avant d’arriver en Europe on l’avait mis en garde sur notre sens de l’accueil et du partage.
Il repartira de notre pays avec une toute nouvelle image.

Réveil à 6h25 par les éboueurs étonnés de me voir assoupi dans mon hamac sous le préau de la mairie.

Marcelo sur un pont

En route pour les cols pyrénéens !

Ce jeudi 14 août sera une journée remplie d’émotions. En effet l’approche de la frontière espagnole signifie les premiers grands cols, mais surtout la fin du voyage avec Marcelo.
Arrivé au col de Puymorens (1920 m), le paysage a complètement changé. Alors que la face nord est fraîche, humide et verdoyante, la face sud elle est plus chaude et aride.

Ascension col Puymorens

Ascension du col de Puymorens

Afin de passer notre dernière soirée ensemble dans un lieu tranquille, nous décidons pour une fois de passer une nuit en camping.
Avant ça nous passons du côté espagnol pour faire les courses dans un Carrefour. Pour une même enseigne l’offre, les prix et l’ambiance sont complètements différents qu’en France.
Au camping je trouve enfin le temps d’apprendre à Marcelo la construction d’un P3RS. Qu’est-ce donc cet objet au nom bizarre ? Rendez-vous page « Astuces » !

La soirée se passe tranquillement autour d’un bon repas préparé avec nos réchauds à alcool.

Frontière Espagne

Frontière espagnole

(la suite c’est par-là)

Reprise de la route en solitaire

Voilà, le jour est arrivé où nos chemins se séparent… Nous prenons notre temps avant de partir du camping. L’émotion est très forte, il y a à Bourg-Madame un rond-point symbolique. À gauche la France, à droite l’Espagne. Nous avons du mal à prendre la route chacun de notre côté.
Je l’aurais bien accompagné jusqu’à Barcelone mais j’avais, avant de croiser sa route, le projet de rejoindre Océane et Yann, rappelez-vous ce couple rencontré au début de mon voyage partie dans un éco-village au dessus de Carcassonne. Et de toute façon il fallait bien qu’on se dise au revoir un jour.

Le rendez-vous est pris, nous nous retrouverons sur une route du monde ! Merci à Catherine, l’hôte qui nous a permis de nous rencontrer.

Afin de penser à autre chose je mets les bouchés doubles et avance à un bon rythme. Encore une fois quand je passe le col de Quillane, je distingue bien les deux climats de chaque face de la montagne.
Malgré le vent de face j’avance à vive allure grâce à une descente qui ne se terminera que le lendemain.

Dans un village, en voulant voir si la boulangerie jetait du pain, je tombe en arrière boutique sur le boulanger. Je lui demande s’il a du pain de la veille. Il me répond que si j’attends 4 minutes j’aurai du pain frais tout juste sorti du four. BINGO ! J’aurai dû m’en douter, c’est un breton…
Remis d’appoint je continu ma descente dans des lacets qui n’en finissent pas. Tant mieux j’en profite, mais j’espère juste ne rien n’avoir oublié là-haut parce que je n’ai pas envie de faire la remontée !

Des kilomètres et des kilomètres de descente !

Des kilomètres et des kilomètres de descente !

Vers 18h00, arrivé à Couiza, je voulais avoir un peu de compagnie pour la soirée afin de penser à autre chose.
C’est là que je croise un monsieur, j’explique comme d’habitude ce que je fais et demande un abri pour la nuit. Il me répond « Oui j’ai un abri, mais je ne te connais pas. Comment est-ce que je peux te faire confiance ? ». Je n’avais rien d’autre que ma bonne volonté. Il l’acceptera. MAGIQUE ! Mon hôte s’appel Fifi un homme qui se relève tout juste d’un passage à vide suite à un accident qui lui handicape une de ses mains. Ancien champion de montée à la corde et habile de ses doigts, il lui est aujourd’hui difficile de magner ses outils. Mais on sent en lui une grande générosité et une véritable gentillesse. La maison dans laquelle il m’accueille n’est pas la sienne mais une qu’il retape en partie. J’ai alors l’embarras du choix pour choisir ma chambre.

Je vais beaucoup mieux et décide d’aller faire un tour dans le village, c’est là que je reçois un SMS d’Océane. Elle m’explique en gros qu’il y a des tensions dans le groupe puisque trop de personnes ont ramené leurs amis et que je serai la goutte qui ferait déborder le vase.
Je ne pense pas être obligé de vous expliquer dans quel état j’étais.
En rentrant à la maison j’explique l’histoire à Fifi, mais maladroitement sans le faire exprès il ne me remonte pas du tout le moral, sa vision très sombre du monde ne m’aide pas…
Je vais alors me coucher tôt en espérant que le lendemain sera un jour meilleur.

Pour une fois j’avais hâte de sortir d’une maison. Les ondes y étaient très négatives.
Je continu alors ma descente vers Carcassonne et décide tout de même de passer du côté de l’éco-village dans les Montagnes Noires. Les paysages m’ont l’air magnifiques.
Par hasard sur mon chemin, Océane se trouve avec deux amies sur une terrasse, nous prennons un verre ensemble. Cette brève rencontre me remonte tout de même le moral, bien que quelques jours de repos m’auraient fait grand bien. Ma dernière pause remonte à une dizaine de jours à Arcachon.

Dans un lavoir

Activité quotidienne : laver son linge

Lespinassière

Lespinassière

Vue sur les Pyrénées depuis les Montagnes Noires

Vue sur les Pyrénées depuis les Montagnes Noires

En fin de journée je suis accueilli par une famille fan de pétanque à Courniou ! Ils m’offrent tout ce qu’un voyageur à vélo désire après une rude journée : un abri (ici la cabane au fond du jardin), une douche, un bon repas et de l’échange.

Après une bonne nuit de sommeil, comme convenu je saute par dessus la barrière. L’idée ce jour-là est de rejoindre une collègue à ma mère et sa famille que je connais depuis une dizaine d’années. Ils se trouvent dans l’Aveyron à St Jean d’Alcas dans la maison de famille pour les vacances.
Pour y arriver je dois passer quelques petits cols entre la Salvetat et Lacaune.
Mon idée est par la suite d’aller en Auvergne, mais je n’ai pas de carte. Du coup, à Belmont, dans un beau petit village où se déroule une braderie je décide de trouver une vieille carte comme nous avions fait avec Marcelo plus tôt. Malheureusement cette fois-ci, malgré l’aide d’un gentil couple, la chance me tourne le dos, personne n’a la carte dont j’ai besoin. Tant pis l’Auvergne sera pour une prochaine fois !

Arrivé à Sainte-Affrique, il ne me reste plus beaucoup de kilomètres pour arriver à bon port. Les paysages sont grandioses. Enfin j’arrive dans cette maison familiale, le temps de prendre un goûter et ils doivent partir rejoindre des amis. J’en profite pour installer mon hamac sous une des granges et faire un petit tour dans les fortifications du village médiéval du XVe siècle.
Le frère d’Isabelle est éleveur de brebis. Leur lait est envoyé à quelques kilomètres de là à Roquefort afin de produire le célèbre fromage du même nom.
Le soir je suis gentiment invité à passer la soirée avec des amis bretons venus dans le coin pour les vacances.
Le repas se déroulera à merveille, mais exténué j’ai hâte de retrouver les bras de Morphée.

L'Aveyron

L’Aveyron

(La suite c’est par-là)

De l’Aveyron à l’Ardèche en passant par les Cévennes

Après avoir pris mon temps, je remercie mes hôtes et je reprends la route. Avant d’arriver sur le plateau du Larzac, il ne me reste plus qu’une ascension. Alors que je ne pensais pas arriver là, puisque je rappelle que je n’avais tracé aucun itinéraire avant de partir, je rentre dans le massif des Cévennes.

Les Cévennes

Les Cévennes

Normalement j’ai l’habitude de voyager seul et j’aime cela, mais là je viens de passer une grande partie du voyage accompagné. Il faut que je retrouve le bon rythme, mon rythme.
J’aime aller à la rencontre des autres mais cette nuit-là je veux me retrouver seul. L’environnement dans lequel je me trouve se prête bien au jeu. Malgré la pluie, je passe une très bonne nuit.

Bivouac dans les Cévennes

Bivouac dans les Cévennes

Quand on voyage à ma manière, seul, sans beaucoup d’argent il faut accepter la solitude. Bien sûr on fait plein de rencontres : un cycliste qui vous tape la discute sur quelques kilomètres, une personne curieuse de tout ce paquetage pendant que vous remplissez vos gourdes au robinet d’un cimetière, un breton qui vous interpelle en voyant le fanion sur votre vélo, un hôte généreux rencontré parfois par hasard, un vieux monsieur qui vous dit de profiter de votre jeunesse, etc. Mais toutes ces rencontres ne sont qu’éphémères, qu’elles soient de quelques secondes ou d’une soirée, ce sont en règle générale des rencontres sans lendemain. Le cyclovagabond n’est qu’un voyageur de passage.
Cette situation est quand même intéressante, en effet les gens se livrent alors beaucoup plus rapidement. Ces brefs échanges deviennent tout de suite très enrichissants.
Et puis chaque jour est fait d’une nouvelle surprise.

Cévennes

Des paysages qui donnent la patate dès le matin !

Après cette nuit en pleine nature je reprends la route direction les gorges de l’Ardèche. Quelle idée de passer par là en plein mois d’août… Les routes sont pleines de touristes pressés d’aller d’une activité à une autre. Bivouaquer est quasi impossible et les campings sont pleins. Mais dans toute cette activité je vais tout de même rencontrer des gens généreux.
Tandis que je fais mes courses à ma manière à l’arrière d’un supermarché, une jeune femme a dû me voir sans que je m’en aperçoive. En effet, alors que je repars elle m’intercepte et me dit « Vous partez ? Vous voulez des oranges ? ». Surpris, j’accepte et elle repart aussi vite qu’elle est arrivée.
Plus loin recherchant en vain un endroit où bivouaquer, j’aperçois deux couples avec des enfants remonter une rue. Et puis on ne change pas ses bonnes habitudes, je leur explique mon voyage et très vite, bien qu’ils reçoivent ce soir-là des amies ils m’invitent à passer la soirée en leur compagnie.
Vu que leur jardin n’est toujours pas pourvu d’arbres pour y accrocher mon hamac il me proposent une tente.
Nous passons la soirée autour d’un bon repas avec comme digestif de la bonne Chartreuse verte et finissons avec plusieurs parties de pétanque. Mon équipe gagnera 3-1 !

Partie de pétanque

La Chartreuse rend cette partie de pétanque floue

Sans le savoir, j’étais tombé dans une famille de cycliste. Du coup le lendemain Nicolas et son beau frère Christophe m’accompagneront sur quelques kilomètres.

(La suite c’est par-là)

Derniers coups de pédale

Après avoir plié bagage, Nicolas et Christophe ont donc décidé de m’accompagner sur quelques kilomètres.
Le vent de face et les montés aident à éliminer rapidement la Chartreuse de la veille. De belles rencontres comme celle-ci remettent tout de suite de bonne humeur et confirment les raisons d’un tel voyage.

Christophe et Nicolas m'accompagnant sur quelques kilomètres

Christophe et Nicolas m’accompagnant sur quelques kilomètres

En déjeunant à Cléon d’Andran, je me rends compte que je peux accéder à un réseau WIFI non protégé. J’en profite alors pour voir s’il y a des personnes de la communauté Warmshower dans le coin.
À Crest, non loin d’ici, j’en trouve deux. J’envoie un SMS à chacun et dix minutes plus tard j’ai une réponse positive !

Mon hôte de la soirée s’appelle Marie-Aude, voyageuse à vélo dans ses heures perdues, c’est une férue du bio. Elle s’est lancée il y a peu, à son compte si mes souvenirs sont bons, dans la sophrologie. À ce que j’ai compris, c’est une technique de développement personnel visant entre autres à régler les problèmes de stress, de sommeil ou bien d’améliorer sa mémoire.

En plus de m’accueillir chez elle, elle me propose de découvrir sa ville. D’une part le côté touristique et historique en grimpant les petites ruelles jusqu’au sommet pour voir la Tour de Crest. D’autre part, un lieu pour les gens du coin, l’atelier participatif. Cet endroit est un lieu de partage et de rencontre, où pour une petite participation financière, on peut venir librement réparer son vélo toute l’année.

Le soir, elle me concocte un bon repas. Nous partageons autour de ce dîner nos expériences de voyage, des conseils, etc.
Parfois, comme c’est le cas avec Marie-Aude, on parle de choses et d’autres et sans s’en rendre compte forcément tout de suite, on trouve des solutions à nos problèmes. Le fait d’échanger avec une personne que l’on connaît depuis peu, permet d’avancer et de trouver des réponses auxquelles on n’avait pas pensé.

Il ne fait pas bon de s'aventurer dans les Alpes

Il ne fait pas bon de s’aventurer dans les Alpes (vue depuis Crest)

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P***** de vent de face !!

Le lendemain je reprends la route, malgré quelques cols à plus de 1000 mètres d’altitude j’ai tout de même envie de dépasser la barre des 100 km avant de trouver un endroit où dormir. 100 km c’est psychologique, ça me donne l’impression d’avoir vraiment avancé.
Cette barre passée j’arrive à Viriville. Le village est rempli de forains. En effet, un carnaval se prépare, c’est la plus grande fête foraine (après celle de Grenoble) avec défilés de chars suivie d’une grosse fête.
Trouver un endroit pour la nuit va se révéler plus dur que je ne l’imaginais. À chaque fois on m’envoie voir plus loin. Du coût je me fais de fausses illusions.
Enfin la chance tourne, je tombe sur un père et sa fille qui font du vélo dans l’allée de leur maison. Malheureusement ils ne peuvent pas m’accueillir chez eux, mais Xavier, le père, décide quand même de me trouver quelqu’un. On part alors tous à vélo à travers le village. Il a plusieurs idées en tête. Il m’amène dans un premier dans une maison où se trouvent une bonne dizaine de personnes. Dans le jardin, certains finissent le montage d’un char pour le défilé. On veut bien me laisser dormir là dans un coin mais je ne me sens par forcément le bienvenu, on me pose pas mal de questions où je dois répondre de mes actes devant l’assemblée, le pastis commence à être servi, le bruit des perceuses et des marteaux tournoie dans la cour. Ils n’ont pas l’air méchants, bien au contraire, mais mon instinct me dit d’aller voir plus loin. Xavier le comprend et on part chez le voisin dresseur de chevaux. C’est un cow-boy des temps modernes. Les bottes en cuir et la clope au bec, il fait courir ses chevaux dans une sorte de tourniquet électrique. En plus d’être dresseur il est maréchal-ferrant.
Chez lui je me sent plus à l’aise. Bien qu’il me mette en garde en ce qui concerne son père, surnommé par les habitants du village « le shérif ». En effet, il paraît qu’il tire et puis qu’il réfléchit par la suite… Heureusement il va le tenir informé qu’un voyageur a suspendu son hamac dans sa propriété.

Les vélos sauveurs

Les vélos sauveurs

Chez le cow-boy des temps modernes

Chez le cow-boy des temps modernes

L'écurie

L’écurie

Le vendredi 22 août sera ma dernière étape… toute bonne chose à une fin.
Avant de partir du village où j’ai passé une agréable nuit, je décide de faire un crochet par la boulangerie. Qui vois-je en arrière-boutique ? Xavier discutant avec le boulanger et une dame, tout deux présents hier à l’endroit où le char était construit. Je n’ai pas le droit au pain de la veille mais à un café bien chaud. Ma quête sera plus fructueuse dans le village voisin.

Je dessine dans mon carnet le relief de mon itinéraire de la journée pour rejoindre Lyon : _/\_/\_/\_/\_/\_
Ça représente, pour ceux qui ne l’ont pas compris, une succession de vallées séparées par des pentes raides.

Sur ma carte, l’entrée dans Lyon me paraît laborieuse. Je demande à un cycliste croisé sur ma route la direction à prendre, il propose de m’accompagner sur quelques kilomètres. Il était très sympa, parlait beaucoup, mais à ce moment-là j’avais seulement envie de me retrouver seul et à chaque fois qu’il devait bifurquer il décidait de m’accompagner encore un peu plus loin.
Du coût je n’ai pas trop eu le temps de me préparer mentalement à rentrer dans cette grosse ville qui signifiait la fin de mon voyage. Je dois prendre le train le lendemain puisque je reprends le travail dans 3 jours. Toutes les belles rencontres effectuées tout le long de ma route m’ont ralenti dans mon envie de boucler la boucle. Mais je ne regrette rien.
Je dois retrouver en fin d’après-midi Marie-Noëlle, contactée sur Warmshower. En attendant je pars avec la boule au ventre retirer mon billet de train. Je trouve Lyon magnifique bien que j’aie du mal à en profiter un maximum. Pour manger, je m’installe le long du Rhône et là un grand frisson me traverse. En effet, sur une péniche à quai passe une musique que j’ai entendu une seule fois au tout début de mon voyage, au petit déjeuner chez Françoise, ma première hôte en Bretagne. D’une manière symbolique, mon aventure s’achève ici.

Au bord du Rhône à Lyon

Au bord du Rhône à Lyon

Pendant ce temps Clément (mon frère) fait de l’auto-stop pour me rejoindre et passer la soirée avec moi. Je devrais plutôt dire du side-stop puisque ce jour-là il a réalisé un de ses rêves en prenant un side-car !

J’arrive vers 16h00 chez Marie-Noëlle, dans le Ier arrondissement de Lyon. Elle habite un appartement « typique lyonnais » avec de hauts plafonds, des poutres apparentes et de grandes pièces.
Nous discutons de nos deux manières complètement différentes de voyager à vélo. Elle préfère les routes plates, moi les montées. Elle préfère dormir dans un endroit sûr, moi en pleine nature. Mais nous nous rejoignons sur un intérêt commun, le vélo.

Clément arrive un peu plus tard. Elle nous prépare un repas très rafraîchissant et complètement bio.

À la suite de plusieurs tendinites, son docteur lui a déconseillé la pratique de plusieurs sports. Ressentant une envie de se défouler elle a commencé le tango. Cette danse deviendra au fil des années une vraie passion et elle passera la plupart de son temps libre dans une association dont elle est membre, Tango de Soie. Justement ce soir-là, comme tous les vendredis soir, des « milongas » sont organisées. Elle nous propose de venir y assister. Bien sûr nous n’irons pas danser puisque le tango est tout un art et nous aurions eu l’air ridicules entre tous ces bons danseurs.
Cette danse, très sensuelle, est très belle à regarder. Mais au bout d’un moment puisque nous ne participons pas, nous avons l’impression d’être un petit peu des voyeurs. Nous décidons alors, exténués, de rentrer nous coucher.

Voilà, nous sommes le samedi 23 août, mon train est dans quelques heures. Je dis au revoir à Marie-Noëlle et pars faire une petite visite de Lyon avant de partir. Je profite de la fin d’un marché pour faire le plein de fruits.
Arrivé à la gare je rencontre une jeune fille avec un gros paquetage sur son vélo. Alors que moi je finis une aventure, elle part rejoindre un ami pour en commencer une nouvelle.

Bien que ça prenne beaucoup plus de temps, j’ai préféré prendre le TER plutôt que le TGV. D’une part c’est moins cher, d’autre part je n’ai pas besoin de démonter tout mon vélo pour le transporter gratuitement. Ça me permettra par la même occasion de revenir à la réalité plus en douceur.

L’heure du bilan est arrivée. Je ne l’ai pas précisé mais ce voyage était en quelque sorte le test ultime avant de m’engager officiellement dans mon tour du monde. Chaque jour je cochais dans un coin de ma tête si la journée était positive ou négative. À part deux trois coups de mou, ce périple a été un véritable succès. J’ai fait des rencontres magnifiques tout le long de ma route. J’ai tenu physiquement sur toute la durée. Mon matériel aussi, bien qu’il y est encore des modifications et des ajouts à faire.
Niveau chiffres, contrairement à d’autres voyages effectués je n’ai pas noté au jour le jour le nombre de kilomètres parcourus. Tout ce que je sais sur ces 20 jours, c’est que j’ai roulé environ 2 100 km pour 19 jours pédalés, soit un peu plus de 100 km par jour. On voit bien que mon organisation n’est toujours pas bien rodée, en effet je n’ai fait qu’une seule journée de repos. Ce qui est vraiment trop peu pour tenir sur le long terme.
Grâce à l’hospitalité des gens, la générosité des boulangers, la gentillesse des personnes rencontrées sur la route et malheureusement à cause de la société de consommation qui jette énormément, j’ai pu vivre pendant près de trois semaines avec un budget quotidien de seulement 3 € ! Je tiens à préciser que je n’ai jamais eu faim.

Merci encore à toutes ces personnes que j’ai rencontré tout le long de ma route. Je suis rentré avec des tas de souvenirs dans ma tête. Je n’ose même pas imaginer ce que je vais vivre durant mon tour du monde !